Tsembehou, la ville aux innombrables loquaces

Jamais une ville n’a renfermé tant de « politiciens » aux esprits vindicatifs, de « cadres » aux idées tordues et de têtes brûlées que la ville de Tsembehou.

Située au cœur de l’île d’Anjouan, ici aux Comores, cette « ville » qui devrait être « Ville », grâce au pouvoir que nous détenions auparavant, est aujourd’hui « vile » et vide de sens. Hélas : j’y suis né.

Vue plongeante de Tsembehou, depuis Hamrio.
Vue plongeante de Tsembehou, depuis Hamrio.

« L’inattendue défaite » des précédentes élections ne nous a pas offert un présent. Beaucoup de masques sont tombés. Ainsi on pouvait voir clairement les vrais visages de certains hommes dits politiques.

La haine qui les consume de l’intérieur, transforme leur cerveau en magma, et leurs substances grises se transmutent en lave et coulent à flot. Quant à leurs bouches, elles deviennent des cratères aussi larges que celui du Karthala. Quand ils parlent, mettez-vous à l’abri avant que vous soyez annihilés par ce genre de volcan ambulant.

Nous qui occupions tant de postes clés dans différentes directions. Nous qui avions voix au chapitre au précédent gouvernement, nous qui avions « les commandes »… Au lieu de bâtir une ville moderne, solidaire et exemplaire comme Kigali, euh ! Laissez-moi rêvasser, c’est gratos ! Nous ne faisons que détruire le peu de solidarité qui reste en nous. Par conséquent, nous voici tombés aussi bas que Bagdad et Alep, enfin, paraît-il !

Notre jeunesse – qu’on soit diplômé ou non – se laisse manipuler très facilement par certains de nos démagogues, pour des promesses non tenues. Nous sommes devenus leur marionnette et on se fait tripoter.

On sème le germe de la haine, il va donc falloir se mettre en quarantaine avant que tout se déchaîne. Sinon, il faudra s’attendre à une mort certaine. Je vous signale !

A cause de cette sale cuisine, dite politique, tant de familles se déchirent… Des histoires d’amours se sont brisées et plusieurs associations ont connu une fin dramatique.

Présentement on assiste à un licenciement en masse dans plusieurs services et directions. Une véritable passe qui peine plusieurs foyers et envenime la situation actuelle. Chose qui se fait très souvent à chaque fois qu’un autre régime politique prendre la relève.
Seulement, cette fois-ci, cela a pris un tournant « «scandaleux ».

Ici, on amalgame tout, vraiment tout. On identifie la politique à la vie quotidienne. Nous qui prétendons être musulmans… La médisance, l’hypocrisie et la sournoiserie (pour ne citer que cela) sont nos menus préférés. Jours et nuit, on ne fait que s’en vouloir, persifler, se mépriser les uns des autres, à l’opposé de ce que nous enseigne l’Islam : l’amour envers nos semblables, la sympathie, la compassion etc.

Ailleurs, loin de l’Afrique subsaharienne, au fin fond des confins de l’Afrique maghrébine, quand on perd un scrutin, au lieu de garder amertume et ressentiment à son successeur, on prend du recul pour mieux s’organiser. Chez nous en Afrique, quand on perd une élection, on s’arrange dans le camp de l’opposition. Et cela paraît normal. Mais ce qui est pire encore, c’est de percer le bateau de plusieurs trous afin qu’il fasse naufrage. Tout simplement parce que c’est quelqu’un d’autre qui tient le gouvernail. On déploie donc tous les efforts possibles pour que le navire chavire et que tout soit chamboulé plus tôt que prévu.

C’est exactement ce qui se passe aux Comores. On dirait le centre de politiques irascibles. On aime l’ambiance électrique. Etant donné que nos chers politicards sont de vrais moulins à paroles, ils ne font que hâbler, sinon bluffer.

J’aurais aimé frimer moi aussi. Malheureusement, le talent me fait grand défaut hein ! Et dans les places publiques, vous n’entendrez que des verbiages et des cancans, tandis que ceux qui sont au pouvoir nous cassent les pieds avec des histoires à dormir débout, sacrebleu! Quelle ville ! Quelle île! Quel pays !

Il se peut que ce soit le fait qu’on soit aigri qui nous a rendu irascible. Je crains que le devenir de notre merveilleuse ville soit incertain.

La société comorienne est une société inactive, voire même passive. Le poids de la misère, comme celui du chômage pèse lourd sur nos épaules. Pour s’en passer, nous préférons cailleter à longueur de la journée plutôt que de faire quelque chose de lucratif.

Je me noie donc dans cette perplexité dans laquelle je me trouve.

Toutefois, je me réjouis du chapeau bas que plusieurs personnes tirent sur notre somptueuse ville grâce à notre cordialité et à nos prouesses.

Tsembehou, quoique tu deviennes, je t’admire, de loin ou de près Toi qui m’a vu naître et grandir. Toi qui me nourris nuits et jours. Ton eau, je la bois tous les jours. De Hambajé à bandajou, douce et fraîche, elle coule toujours et dans nos citernes et elle restera pour toujours !

 

 

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