Enfant de la rue, fils de la misère !

La rue qui m’a enfanté deviendra sûrement ma tombe. Mais avant de vous parler de ma rue, de ses contours et de ses impasses,  laissez-moi rendre hommage à la femme dont on a récemment commémoré la Journée.  Mondialement, on vient de fêter ari la Journée internationale de la Femme. Cette femme source d’humanité ! Source d’humanisme. Une journée qui, selon moi, devrait faire l’unanimité au sein des hommes. Une journée qui vaut autant que la célébration des fêtes des Indépendances. Ces belles et sacrées créatures , matrice de la vie et du vivant, sans elles, l’humanité serait close men zamaan(depuis très longtemps). Malheureusement, cette journée pas comme les autres n’a jamais eu le mérite qui la sied.  Notamment dans les pays en proie aux guerres, à toutes sortes de maladies rongeuses de vie, à toutes sortes de corruption. Ceux-là mêmes où les droits de la femme sont réduits à néant. Ces pays dits ari «Tiers-monde»! Bon sang ! je dirais plutôt les pays du cratère-monde ! Vu que dans ces pays, rien ne progresse, rien n’avance, rien n’évolue au bon sens du terme. Enfin, tout glisse au fond d’un cratère.

Volcan en éruption (c)gentside.com/
Volcan en éruption (c)gentside.com/

 

Et en savons-nous tous la suite. L’éruption et les maux qui en découlent. Voilà pourquoi tout va à l’envers du développement dans nos pauvres pays. Pour nous encourager à continuer ainsi, on essaie donc d’atténuer le sens du terme, ari, «pays en voie de développement ». Oui, on espère bien que nos pays soient sur la bonne avenue pour le développement, bien que nos dirigeants, eux, préfèrent qu’on reste dans la cloison de la misère. Laquelle misère source de leurs pactoles.

Revenons donc au sujet de cet écriteau. Ari, les enfants de la rue. Mais d’où sort cette attribution! Quel génie a eu ce «beau titre» ! Je ne sais pas !!! Et comme je n’en sais rien, je ne sais quoi dire !

Ces âmes pleines de vie, que de vue ! Ces mômes victimes de leur présente vie, victime de leur sort, mais aussi victimes de leur avenir, vivent et meurent dans les rues sans que quiconque se soucie d’eux ! Mais d’où ils viennent ? Et pourquoi se retrouvent-ils dans les rues ?

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© AFP PHOTO / MOUSSA SOW

Moi, fils de la rue, fils de la  misère ! La rue qui m’a enfantée deviendra sûrement ma tombe.

J’habite l’Afrique noire continentale. J’ignore de quel pays suis-je originaire. Comme je suis analphabète, tout ce que je sais c’est que je suis Africain. Je n’ai ni nom ni prénom. Je me trouve dans la rue depuis l’aube de ma naissance. De père inconnu et de mère méconnue !!! Pendant la journée,  je traîne par-ci par-là, sur les routes désertiques de je ne sais où , tout en espérant qu’une occasion se présente pour dérober le porte-monnaie ou le sac d’un (e) passant (e). J’ai grandi dans cette immense misère qui fait de moi un vrai «bandit». Je rôde les nuits dans l’ espoir de trouver de quoi manger.

© AFP PHOTO/MACKSON WASUMUNU
© AFP PHOTO/MACKSON WASUMUNU

Un «bon jour», je me suis fait enrôler par un chef rebelle. Dans un camp de disgrâce, entouré de bande de racailles, je suis fier de moi-même. Quel que soit l’âge que j’aie, j’obéis aux ordres du «Boss» comme un larbin. Je sniffe, puis je prends mon kalachnikov. Je pille, je tue, je viole…  avec sang-froid. Et rien ne peut m’arrêter quoique je triomphe !

Je crois que c’est de ces exactions que je suis venu au monde. Alors la rue qui m’a enfantée deviendra sûrement ma tombe.

Et toi mon  congénère de l’Afrique maghrébine, que fais-tu d’extraordinaire ?

Moi, enfant de la rue, fils de la misère !

On me nomme «baltagui», à cause de mes actes et desseins, scélérat, voyou, filou…  Appelez-moi comme vous voulez. Tant que cela n’avilit pas mon honneur , je n’ai cure de vos appellations. J’ai grandi dans les rues polluées du Caire. Sous la chaleur estivale ardente, je m’assois par terre et j’essaie d’apitoyer les passants. Sinon je quémande des sous. Quand la nuit tombe, sous la lumière sombre des lampadaires, un chant monte des ruelles de mon cœur et je me mets à danser au rythme de la faim. Ainsi, je deviens une bête de foire pour les badauds. Les quelques sous qu’on me jette comme on jette un os de mille ans à un chien errant me rendent vulnérable. J’achète du shit avec et je me défonce et me shoote davantage. Souvent, je deviens dealer de marijuana. Je viole moi aussi et je tue si les circonstances l’exigent. Mais avec du sang chaud vu que j’habite le Sahara ! C’est ce que vous autres dites ari «dommages collatéraux» , non ?

Cairo- Egypte (c) ikonal.com
Cairo- Egypte (c) ikonal.com

En hiver, je parcours le long de la corniche d’Alexandrie. Pendant qu’il fait jour, pour peu qu’il fasse froid et dans l’espoir de trouver un tunnel pour m’abriter. Mais hélas  le  parcours est à jamais bredouille. Heureusement que dans les poubelles je trouve de quoi mangeotter. Et quand vient la nuit, les éclats noirs des pétards de certaines festivités, les klaxons et les coups de frein brutaux ne me laissent pas me délasser. Je me lève donc et je poursuis la chasse !

Et toi mon homologue insulaire, de quoi endures-tu de plus ?

Moi, enfant de la rue, fils de la  misère ! La rue qui m’a enfantée deviendra sûrement ma tombe.

Moi on m’appelle, Ari des îles. Ce n’est pas le «ari» rengaine, qui veut dire «il paraît que/ il se peut que». C’est plutôt M. Ari en personne. Ce «fils des îles de la Lune» qui vit avec un espoir languissant, quoiqu’il a un «toit» et des parents. J’erre sur les rues d’Anjouan à la recherche d’une bricole qui n’existe pas. Je pars ensuite «clandestinement» à Mayotte,  dans l’espoir d’avoir «la nationalité de l’immortalité», mais là-bas ce sont les menottes qui m’accueillent «amicalement», comme si je venais de cambrioler une banque. Me trouvant à la case départ comme Fabrice Eboué et Tomas Ngijol, embarrassé et décontenancé, je perds tout espoir. Je pars donc à la Grande Comore pour aller tenter ma chance dans les «towa wurengué», business ambulatoire. Vente à la criée de nos misères à des plus misérables que nous.

Case départ avec Fabrice Eboue et Thomas Ngijol
Case départ avec Fabrice Eboue et Thomas Ngijol

Dans les rues et ruelles de Moroni, notre «muette» capitale. Et là-bas, M. Ari, un sachet à l’épaule, cinq à six objets à la main. J’arpente de long en large notre chère Capitale comme un vadrouillard. A la tombée de la nuit, harassé et épuisé, je rentre rejoindre mes kif-kif pour passer la nuit. Plus de six personnes dans un studio, en tôle, de trois mètres carrés environ. Et vous savez quoi ? Chez nous, dans les poubelles, vous ne trouvez que dalle! Heureusement qu’il n’y a pas mal d’arbres fruitiers presque partout dans les rues, dans l’ensemble de l’archipel. Ainsi lors de la saison de mangues par exemple. Je m’en régale avec parcimonie avant de descendre dans la rue.

Marchand ambulant aux Comores - (c) news-comores.skyrock.com
Marchand ambulant aux Comores (c) news-comores.skyrock.com

Il  y a un dicton de chez nous qui dit ari : «Mwana nussu ya mali», qui peut se traduire ainsi «un fils est une moitié de richesse ou tout simplement un fils est source de richesse» Un dicton qui me semble universel dans le sol africain. Non seulement dans l’Afrique subsaharienne, mais aussi dans l’Afrique maghrébine. Car là où je me trouve, sans qu’on me le dise, se confirme pratiquement l’application de cet aphorisme comme formule de mathématique.Vu que ce sont les familles piteuses et miteuses qui sont les usagers de cette formule «magique». J’ignore si c’est part mégarde ou plutôt par volonté qu’elles appliquent cela ou non.

Moi, enfant de la rue, fils de la misère ! La rue qui m’a enfantée deviendra sûrement ma tombe.

Dépourvu d’instruction, d’affection parentale et par manque d’éducation, nous enfants des rues, pleins d’énergie, censés être source de retombées économiques, censés être membres actifs de leur famille comme le concevaient, d’ailleurs, leurs parents, nous devenons source de maux pour nos familles respectives. Nous devenons les ennemis de nos propres pays ou des pays où nous habitons.

Conséquence : délinquance juvénile, banditisme, vandalisme,etc. Puis mort prématurée de leurs parents due au destin scandaleux de leurs fils. Tout comme ces derniers qui trépassent, à leur tour, si tôt, à cause de nombreuses addictions, drogue, alcool…  ainsi de suite.

Beaucoup de facteurs contribuent à ce fléau qui ronge à petit feu les sociétés des pays du «Tiers-monde». Comme les guerres par exemple, cette catastrophe culturelle présente activement en Afrique depuis la nuit des Indépendances. Filles et femmes  subissent constamment d’épouvantables viols et furent engrossées lors des combats sans compter les divorces. Tout cela expose bon nombre d’enfants à la merci de la rue. Errance, incroyance, méfiance et souffrance animent les cœurs de ces pauvres gens.

Enfant de la rue, fils de la misère ! La rue qui m’a enfantée deviendra sûrement ma tombe.

De la mendicité dont je vis, alors que vous vivez dans l’aisance !

Par terre, dehors,  où je dors, bien que vous dormez dans une couette bien faite !

A la poubelle, où  je mange, tandis que vous vous goinfrez sur la table avec la famille au fin fond du salon!

De l’eau polluée que je bois, pendant que vous buvez de l’eau potable et des boissons énergétiques !

Qu’en dites-vous fameuses ONG comme OMS et PNUD ? Et si vous construisiez des écoles et des dispensaires pour ces pauvres enfants ?  Quel serait leur devenir ?

Au lieu de venir en aide quand le mal ravage tout sur son passage. Savez-vous que les trois quarts des aides que vous destinez à ceux et celles qui en ont besoin s’envolent dans les airs !!!

Savez-vous que c’est la misère et la brutalité que connaissent ces pauvres gens qui les poussent à former les gangs, les rébellions et autres groupuscules du même acabit. Alors si vraiment  vous voulez stopper les génocides, les guerres civiles. Si vous voulez mettre fin aux viols, aux crimes abominables ainsi que toutes sortes de barbarie sen Afrique comme ailleurs, pensez aux sorts de ces enfançons.

Ari : « Mieux vaut prévenir que guérir », dit le proverbe ! Et debout, poing levé en l’air, je vous dis haut et fort que cette rue dans laquelle vous m’avez enfantée ne deviendra jamais ma tombe.

 

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8 thoughts on “Enfant de la rue, fils de la misère !

    1. Merciii ya A’mo Abdul pour le dicton. Mais comme tu sais bien mon niveau en langue arabe alors tu ferais mieux de me le traduire
      comme ça je saurais dire « vrai » ou Faux » hihihihihihi

  1. Excellent travail numane , ce sujet m’intéresse bcp puisque c’était le sujet de mon mémoire ,moi j ‘ai parlé de Cosette de V. Hugo comme une image qui reflète l’état pire de ces pauvres petits .Pour moi ce doc est le meilleur parmi tous tes autres docs ,un bon choix aussi pr les photos mais j’aimerais que tu as eu recours aussi à des photos illustrant nos enfants des rues à Alex car il y en a plein .Mais selon vs et les autres comment on peut résoudre ce problème ? parceque je suis vraiement obsédée par ce phénomène.Et je vs remercie une autre fois pr ton choix troooooooooooop humain et même sensible .J’espère que ca ne sera pas ton dernier doc portant sur ce problème. Bon courage mon collègue

    1. Merci encore une fois pour l’appréciation ya Salma, c’est vraiment gentl! Pour résoudre un problème pareil, j’ai proposé
      quelques solutions aux concernés mais j’ignore si elles sont meilleures ou non.En ce qui concerne les photos, je n’ai pas le matos
      qu’il faut, Du coup je fais avec!

  2. J’ai lu ce billet hier en un temps record. Je ai relu aujourd’hui. Le sujet interpelle. Chaque jour dans les rues de Douala au Cameroun, je rencontre ces mômes. Ces regards innocents croisent parfois le mien, au détour d’une route. Ils quemandent une pièce de monnaie, un quartier de pain. La rue est un mouroir pour certains. D’autres mangent à la poubelle, boivent l’eau polluée. Juste pour te dire Naoumane que le destin de ces enfants est presque partout le même en Afrique. Bravo pour le billet !

    1. Merci Josiane, c’est fut pour moi un grand plaisir de recevoir un commentaire de votre part!!!
      je me demande donc ce qu’on peut faire pour sortir ces mômes de ce dit mouroir!

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