Pffffffffffffffffff !!!!!!!!! N’importe quoi !!!!!!!!!

Dix-huit heures trente. Je suis dans le mashruan [microbus]  pour chez moi. Je viens de finir les examens du premier semestre. Et j’avoue que je n’attends que dalle de ces dits examens! Ari, sous le soleil d’Alexandrie, je me sens fort et solide comme un iceberg flottant dans les eaux d’Antarctique. Prêt à recevoir le Titanic dans la blancheur de sa gueule. Or, à l’ombre, je suis anéanti comme un rochet annihilé par un magma. Ouf! Qui suis-je vraiment? Pourquoi c’est toujours dans ma vie que la poisse s’invite avec sa groupie d’échecs et de stress ?

Titanic de James Cameron (c)hdwallpapers.in
Titanic de James Cameron (c)hdwallpapers.in

Franchement, que c’est drôle de passer un examen dans une langue qui vous parait plus coréenne que chinoise! Comme je n’arrivais pas à distinguer ces deux langues, alors j’ai opté pour le japonais pour passer les examens.

Dès la première évaluation, j’ai eu déjà des ennuis majeurs. Je ne parvenais même pas à différencier la question demandée aux autres consignes. Je confondais tout. Si je dis tout, c’est vraiment TOUT. La seule chose que  j’ai su faire écrire, c’est le nom, prénom et le numéro d’ordre, point barre !!!! Quelques minutes après, alors que les autres ont commencé à remplir leurs pages – de haut en bas -, je suis resté là, penaud, à me creuser la tête comme un fada. ARI, j’essaie de déchiffrer la première ligne.

Du coup,  je gigotais sans arrêt. Ainsi, une surveillante mobile qui se doutait de quelque chose a pris une chaise et est venue s’asseoir à deux pas de moi. La conne, elle m’avait à l’œil durant tout le purgatoire. Sans tomber dans la paranoïa ni dans la suspicion hâtive, je me demandais si  ce n’était pas parce que j’étais le seul étranger dans la salle, enfin dans le groupe. Je m’étais dit qu’elle me prenait pour un pro en matière de triche. Quoique nous les hommes de couleur, nous sommes à jamais des souffre-douleurs. On nous accuse de tout et de rien. Après une heure passée, sans qu’elle m’ait vu écrire quoi que ce soit, elle a senti que quelque chose clochait. Soudain, j’ai imaginé une fée Clochette secouer son cœur tortionnaire.  En fait, vu que la durée des examens est de deux heures par module, alors que la première heure venait de s’écouler et que je n’avais rien écrit, elle m’a demandé vertement si au moins j’avais révisé avant de venir à l’examen. Sinon pourquoi j’avais laissé la feuille vierge ?

Ari, vaut mieux apprendre que comprendre !

Je lui ai donc répondu tout en gesticulant que j’avais, bon, essayé, mais malheureusement je n’y arrivais pas. Mais elle ne m’avait pas bien compris. Alors pour ne pas perturber les autres, je lui ai chuchoté à l’oreille, en dialecte égyptien, après avoir attendu qu’elle se penche sur ma copie d’examen : «Mosh fahim haga!».  Qui signifie que je ne comprends rien du tout. Avec mon arabe mokassara (articulé), ça faisait rire tout le monde présent dans la salle. Quant a moi, ce fut un coup de massue ! Mais cela a détendu un peu l’atmosphère pendant un moment. Avec un air ému, elle ajouta, ma tortionnaire : «Leih ba’a ?» . Ari « Pourquoi donc ? »

J’avais répondu : «Quoi que je fasse, je ne comprends toujours rien. J’ai déployé tant d’efforts pour comprendre au moins les titres, mais nada! N’en parlons pas la mémorisation. »  Elle m’avait jeté un regard d’affection maternelle puis elle s’est retirée pour s’asseoir sur sa chaise en bois. Trois quarts d’heure plus tard, j’ai ramassé la copie de l’examen toute vierge comme la vierge Marie! Pis que cette dernière, elle,  au moins, elle avait au moins marqué son existence de la pierre blanche de la naissance du petit Jésus.  La dame tortionnaire, surprise, elle avait pris la feuille en m’apostrophant : «Ya’bny, zaker kowayess el mara el gaya!».  Ari : «Révise bien mon fils pour la prochaine fois!». J’ai répondu, toujours penaud, « inch’Allah! » Et je me suis cassé, mais pas en mille morceaux. A vrai dire, je me suis cassé, mais en un bloc!

Sucre (c) http://2fillesofourneau.over-blog.com
Sucre (c) http://2fillesofourneau.over-blog.com

Ari, vaut mieux aller que s’en aller !

La dépression, la tristesse et le stress étaient mes compagnons à chaque fois que j’avais un examen. Moi qui croyais que tout allait passer sans coup férir! Pas mal de collègues m’avaient promis qu’elles allaient m’aider. Mais Ari, il faut attendre l’approche des examens. Ingénu que je suis, je les ai crues avec fierté. Et quand le calendrier des examens fut affiché, elles se sont  éclipsées. Les traitresses !!! Le jour où je les croiserai dans mes rêves, je vais transformer leur pauvre existence en cauchemars. Je vais les faire revivre Jack l’Eventreur , à défaut Hannibal Lecter ou Dexter. Hihihihihi !!!!

Du coup, je me suis donc arraché les cheveux pour tenter de mémoriser au moins quelques lignes. Soudainement, une idée terrible m’a effleuré la tête. Ari, pourquoi pas tricher? Tous les moyens sont bons, non ? « Tout chemin mène à Tsembehou! » dit le proverbe.

Vue de Koni Djodjo et Tsembehou (c) http://oimdu.blogspot.fr
Vue de Koni Djodjo et Tsembehou (c) http://oimdu.blogspot.fr

Ari, vaut mieux risquer que quitter!

Vous savez, c’est vrai ce qu’on dit qu’un homme qui a perdu tout espoir est toujours prêt à risquer n’importe quoi, quand bien même  votre tempérament vous empêche de le faire.  Pour moi, tricher, c’est la pire des choses que je puisse faire. Mais comme j’étais nourri de désespoir, la tentation avait pris le dessus ! J’ai donc pris la décision de tenter le coup. Mais d’abord, je vais passer la seconde matière pour évaluer la situation.

Ari, vaut mieux sortir que partir!

Le jour J ! 10 heures.  Je suis entré tristement dans la salle comme si on allait me bouffer tout cru. Prévoyant comme le Petit Poucet, je laissais tomber de secrètes larmes afin que je puisse  retrouver le chemin de retour quand l’ogre de l’échec aura raison de moi. Et dès qu’on nous a distribué les feuilles, la dame de la fois dernière vint auprès de mois et dit avec ses yeux cyclope : «J’espère qu’aujourd’hui tu t’es bien préparé!». Une fille qui s’était assise derrière moi lui répondit : « Lui, il ne comprend rien à ce que tu lui dis.  Et l’arabe littéraire lui complique les choses. »  Ahurie, la dame se tourna subitement vers moi et dit : «Bigad ?».  «Vraiment ?» J’ai répondu, toujours penaud :  «Ouais!»

Elle est donc sortie voir le responsable de cette spécialité. Quelques minutes plus tard, elle est revenue flanquée du responsable. La même étudiante assise derrière moi  expliqua ma situation au responsable.  Par-devers la surveillante, tel le volcan qui détruit Pompéi,  ledit responsable répondit avec un ton péremptoire. ARI,  «ana malesh da’awa !» qui veut dire «Je m’en fous!». Avec une réplique aussi abasourdissante, la dame était abattue. Elle s’est alors dirigée vers moi et dit : «Ana asfa ya No’mane!». «Je suis désolée Naoumane!»  Elle a aussi  ajouté. « J’aurais aimé t’aider, mais malheureusement je n’y peux rien ».

Volcan en éruption (c)gentside.com/
Volcan en éruption (c)gentside.com/

Ari, vaut mieux mourir que se voir souffrir!

Suite à  cette situation embarrassante, ça m’a refroidi un peu, mais je me suis dit que tout est ma faute. Car je savais très bien que cette formation, el diplôma a’ma (le diplôme général),  se fait en arabe. Mais Ari, comme j’aime la pédagogie… j’aime l’Education… Enfin j’aime les études… Et comme je m’autodéteste, je suis devenu l’adversaire de moi-même. Ari, je suis plus qu’une tête brûlée. Je me suis dit que rien n’est impossible. Ari, «Quand on veut on peut.» Me nourrissant de cette sentence, me voici dans le pétrin! Dans tous les cas, au moins ici je me rends compte des nombreuses défaillances du système d’enseignement comorien. Ici je sais finalement que l’arabe qu’on nous apprend aux Comores ce n’est que du charabia et l’anglais de la chinoiserie.

Ari, vaut mieux souffrir pour grandir!

A chaque fin d’épreuve, quand je descends en bas de l’immeuble- comme on passait toujours les examens pendant la soirée-, je rencontrais une foule d’hommes et de femmes, amassée devant le portail de la faculté de pédagogie. La première fois, j’avais l’impression qu’il s’agissait de sit-in. Et j’hésitais de sortir. Et un jour, un collègue m’a dit qu’il s’agissait de proches qui venaient chercher leurs filles. Du coup, j’ai pensé que j’étais à l’école primaire. Il faut donc avouer que les Arabes ont un excès d’affection.

Pour moi, l’apprentissage est le seul menu qui nourrit la faculté intellectuelle de l’homme. Et les études sont le champ du savoir. Ainsi les études font partie des mes soucis majeurs.

Ari, je m’attendais à un miracle ou un oracle pour me sortir de cette embûche.
Malheureusement, ni l’un ni l’autre n’a répondu à mon cri d’alarme. Sûrement la Pythie, avec le temps, s’est transformée en statue de Sel dans les ruines de Delphes. Enfin, je me suis vite rendu compte que c’était Godot déguisé en Arlésienne  que j’attendais!

Mais bon, ce n’est pas la fin du monde.

Un proverbe comorien dit : Ari, « Muntru ahi kwala bwé mutsana wuku muntru juwa halé muntru endrawo. » qui veut dire « Si tu heurtes un caillou dans la journée, tu sauras comment marcher pendant la nuit. »

Alors je vais devoir penser à un plan B pour le second semestre. En attendant, laissez-moi me morfondre au cœur de cet ego qui s’effondre.

Ari, vaut mieux s’aguerrir que conquérir!

Minuit. La nuit accouche d’un Marchand de sable qui n’arrive toujours pas à m’assommer avec sa cruche, malgré la longueur de la course poursuite.

10 thoughts on “Pffffffffffffffffff !!!!!!!!! N’importe quoi !!!!!!!!!

  1. c`est vrais mais triste !
    Ari ! le passer est deja passer je t`encourage mon frere de prend tes garde pour enfronter la deuxieme trimiste qu`Allah sauve la verite

  2. Tout d’abord je te souhaite bonne chance pour l’apprentissage des langues: chinoise et japonaise car ce n’est pas du tout facile
    Et merci de m’avoir plonger la tète sur quelque chose a lire pour une fois car c’est a la fois rigolo et nourrissant de leçons
    merci et bonne chance pour la suite

    1. Merci beaucoup brother! T’as pas tort, apprendre une langue étrangère est toujours
      une bonne chose donc je vais m’y mettre. Je suis content que t’as pu lire ces lignes 🙂

  3. C’est ca egypte mcombe, On vit sans etre vivant mais bon et dans ce monde qui ne fait que bouge et no bouge. Aux armes citoyennnnnn armeeeeee vos machettes marchonnnnnnnt atampaka moja nguefooooo

  4. ça c’est vraiment du nimporte et quoi, l’hyper-affection de l’affection lol 😀 trois points de suspensions . Sans manquer de dire comme le dit souvent le prio c’est du vrai grrrrr. C’est hilarant. Ce n’est pas que l’histoire qui peut nous apprendre mais Noumane aussi le fait.

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