Comores : entre danses folkloriques et nostalgie

Je vais être plus ou moins aigre aujourd’hui. Toute chose a une fin , hein? Surtout que je ne suis pas un  Y’a Bon Banania , toujours hilare même quand il prend des coups de baïonnette dans le froc !!! De quoi  parle Naoumane ? De quoi je me mêle? 😛

y'a bon banania (c) http://p5.storage.canalblog.com
y’a bon banania (c) http://p5.storage.canalblog.com

Appelées en langue comorienne ari n’goma zashi tamaduni, les danses traditionnelles tendent à disparaitre au profit de danses dites modernes ou occidentales. Pourtant elles  participent bel et bien au développement socio-économique d’un pays. Ce n’est pas que je revendique une mise à distance du modèle occidental de société, mais je pense qu’on peut bien être moderne, ouvert sur/au monde et avoir des principes : les principes du respect des traditions.

Considérées par les jeunes Comoriens comme des pratiques désuètes, obsolètes,  nos pratiques patrimoniales musicales renfermant une richesse inestimable s’éteignent petit à petit. Moult jeunes Comoriens préfèrent la danse du ventre d’une Beyoncé ou d’un Ne-Yo au rumbu de Papa L’amour. Pourtant le zinisa trenga c’est le zinisa trenga. Si ailleurs ils se déhanchent  tous au rythme du R&B et autres New Jack , nos femmes avec leur région fessière stéatopyge se déhanchent trente millions de  fois mieux qu’une Beyonzé ou une Rihanna. D’ailleurs, par sa forme aplatie le derrière de cette Rihanna ressemble  plus à  celui d’un taximan qu’à un vrai derrière. Dufi la shofera, hihihihi  : v

Ari, on attend  l’Unesco et je ne sais qui venir  faire promouvoir  la patrimonialité de notre pays. J’avoue que nous sommes un peuple nourri à la facilité et à la corruption. Au lieu de valoriser le « peu » de ressources que nous possédons, on le détruit.

shigoma (c)http://www.penhars-infos.com
shigoma (c)http://www.penhars-infos.com

Les chants et danses ancestraux, multiples hymnes à l’amour et à la solidarité, qui rythmaient nos mariages et égayaient nos travaux champêtres sont aujourd’hui presque disparus. Bon nombre de comptines qui embellissaient nos chasses aux  oiseaux, qui détruisaient les récoltes, se sont tristement volatilisés. Et le peu qui reste de cette culture ancestrale est méconnu par bon nombre de Comoriens.

Ari, on a un ministère de la Culture et du Tourisme. On a c’est vrai  un ministère, mais sans personnel et les missions qui devraient être confiées à ce ministère on les attend !

Ce qui me fait vraiment mal c’est que ces chants et ces danses ne sont pas que des simples rituels, mais une véritable peinture de nos origines et ils symbolisent deux choses :

Premièrement, ces chants et danses nous permettent de retracer les origines de notre peuple. Comme nous sommes un peuple métissé, ces danses nous servent de repère pour bien remonter aux sources. Ainsi, les kandza, m’hulidi, dayira sont des danses d’origine arabe et le shigoma est une danse d’origine africaine.

Deuxièmement, ces chants et danses permettent de dissiper certaines confusions au sein de la religion, vu que les us et coutumes empiètent sur nos pratiques religieuses ces dernières décennies. Prenons l’exemple de la présence de l’animisme !  Ari, l’islam est la seule religion pratiquée aux Comores !  Bah vous m’en direz plus !!! Et que dites-vous des  M’gala et autres Roumbou…..

Voila pourquoi je pense que  ces chants sont beaucoup plus importants en matière de patrimonialité culturelle. J’ose même dire que c’est le cœur de notre civilisation.

femmes comoriennes en chiromani (c) http://africanfashiondesign.net
femmes comoriennes en chiromani (c) http://africanfashiondesign.net

Par ailleurs, certaines danses traditionnelles, celles qui ont pu survivre à  l’ethnocide, se pratiquent à l’ occasion de célébrations de mariages. Parmi elles , il y a le Tari et le Wadaha, des danses féminines typiquement anjouanaises et qui sont célébrées par les femmes et/ou les filles. Je dis bien qu’elles ne concernent que les femmes et /ou les filles puisque dans certains milieux, notamment les milieux urbains, c’est seulement les shama (associations)  composées de femmes mariées qui ont le droit de pratiquer ces rituels. Tandis que  dans presque tous les milieux ruraux, n’importe quelle fille adhérente à un shama (association) a le droit de participer à ces  rituels, au côté de leur maman. Hihihi, venez voir ces perles, ces jeunes filles qui portent leurs plus beaux atours, qui se maquillent au 3e degré (Celsius)  et parées de bijoux  choisis selon la couleur ou les motifs du tissu.

wadaha (c) http://foumbouni.net
wadaha (c) http://foumbouni.net

Quelles sont belles, nos sœurs, dans leur fonction de cintre! Des cintres, oui, parce que leurs habits ne suscitent qu’une certaine convoitise de la part des autres shamas. Comme nous le savons bien que l’homme est de nature jalouse, mais chez la femme la jalousie c’est juste Ouf !!!

Les agréables youyous suaves et harmonieux des belles dames et les  refrains attractifs des jeunes filles se font entendre de loin. Juste d’y penser, il y a mon cœur qui se fond comme une boule de glace sous un ciel d’Alexandrie. Et comme l’ambiance est délicieuse, alléchante ! Ô laissez-moi lécher mes lèvres à n’en plus finir. Surtout que ces réjouissances sont l’occasion de rendez-vous galants. Ou plutôt des rendez-fous collants entre les jeunes gars et les jeunes fille qui prétendent venir assister à la cérémonie.

shigoma (c) http://www.mayottehebdo.com
shigoma (c) http://www.mayottehebdo.com

En revanche le shigoma et le garassis, danses masculines, sont pratiquement anjouanaises. On porte nos plus beaux costumes bien défroissés et bien fleuris avec  une cravate et des chaussures de cérémonie à lacets noirs. Basket, tennis et autres n’ont pas leur place. C’est l’élégance qui prend le dessus.

Les jeunes filles viennent à leur tour contempler cette danse au chant folklorique, au son harmonieux et aux mélodies rythmées par les tambours.

Elles portent ostentatoirement des magnifiques shiromanis (pièce d’étoffe large avec laquelle se couvrent  les femmes anjouanaises quand elles sortent hors de leur demeure). Elles revêtent aussi des  châles bien parfumés et bien repassés pour les présenter à un membre de la famille ou tout simplement à un amoureux !

Cette sorte de foulard qu’on porte autour du cou pour maintenir la cadence , est souvent accompagnée d’un mwawo ( collier de fleurs). Celui qui porte ce trophée est le héros de la soirée. Il y en a qui graisse la patte à certaines nanas pour qu’elles viennent leur mettre un shiromani autour du cou. C’est pendant ce genre d’occasion que les midinettes  repèrent les beaux-gosses  pour les rencards et les  larguent aussitôt, les bécasses. Ari, moi, beau-gosse que je suis, hihihi je m’en moque ! Je n’ai jamais eu la chance d’avoir le châle et le mwawo à la fois ! Or, c’est vrai , mais seulement une fois : P, après que ma chère sœur  est venue m’apporter un châle tout neuf  et quelques minutes après, une très belle demoiselle m’a collé deux tempas (noeud papillon fait à base de fleurs ) de jasmin sur les épaules !
Ce n’est pas du tout mal , non !!! Laissez-moi vivre ma joie et célébrer cette culture qu’il faut préserver.

 

16 thoughts on “Comores : entre danses folkloriques et nostalgie

  1. Oui, la culture Comorienne est très en baisse, et ceci est une grande ânerie de la part de toutes et tous. Nous devons à tout prix essayer de promouvoir la notre.

    1. C’est plutôt une question de négligence, surtout de la part de nos autorités et non « une ânerie ».
      Sinon t’as pas tort Chaharmane, essayons donc de préserver le peu qui nous reste.

      1. bonjour, Connaissez-vous des chansons, comptines, proverbes comoriens. Je travaille pour le moment sur des manuels d’éveil à destination des enfants comoriens commands par le ministère de l’éducation et l’UNICEF et j’aimerais y placer ces quelques éléments représentatifs de la culture comorienne que je découvre.
        Merci d’avance

        1. Salut Leonard, je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à vos attentes. Mais rejoignez-moi sur les réseaux sociaux, on pourra peut être en discuter, merci!

  2. Vous lire est un délice, aussi bien par la réalité frappante de vos histoires que le style adhère complétement à la situation.

    Quant à ce sujet, ne prenez pas ça pour une remarque personnelle, mais sincèrement, j’ai l’impression qu’une fois que vous finissez vos études et que vous rentrez au pays, une fois que vous arrivez au sommet, une fois que vous prenez les responsabilités du pays, eh bien, l’amour du patrie s’envole hélas.

    Je dis ça car ceux qui gouvernent aujourd’hui, en tout cas la plupart d’entre eux, ce sont vos ainés qui sont passés par la où vous êtes, il y a… une dizaine d’année environs.

    Après le général, je vous réaffirme mon admiration.

    1. Votre sincérité et votre admiration me touchent grave, merci beaucoup! Cependant je vous signale que les abeilles se ressemblent
      comme des gouttelettes d’eau quoiqu’elles n’effectuent pas la même tâche! Merci encore une fois pour votre remarque et votre
      franchise. On a besoin de personnes comme vous, dans notre pays, pour « songer », un jour, à changement in sha Allah!

  3. Je découvre ce bel article bien tardivement mais je l’ai beaucoup apprécié, merci de partager ici cette belle culture. Je te souhaite plein de foulards et de mwawos à l’avenir!!

  4. le fait de conserver les danses traditionnelles est un devoir pour tous les comoriennes et comoriens mes chers.c’est toujours inintéressant de savoir son histoire car c’est la notre mes chers frères et sœurs.c’est a nous marquer notre culture

    1. Je ne saurais éviter cela que si Mayotte se trouvait dans un cadre géographique différent de celui des Comores.
      Cependant, j’essaie de faire profil bas. Enfin jusqu’à maintenant!

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