naoumane

Pffffffffffffffffff !!!!!!!!! N’importe quoi !!!!!!!!!

Dix-huit heures trente. Je suis dans le mashruan [microbus]  pour chez moi. Je viens de finir les examens du premier semestre. Et j’avoue que je n’attends que dalle de ces dits examens! Ari, sous le soleil d’Alexandrie, je me sens fort et solide comme un iceberg flottant dans les eaux d’Antarctique. Prêt à recevoir le Titanic dans la blancheur de sa gueule. Or, à l’ombre, je suis anéanti comme un rochet annihilé par un magma. Ouf! Qui suis-je vraiment? Pourquoi c’est toujours dans ma vie que la poisse s’invite avec sa groupie d’échecs et de stress ?

Titanic de James Cameron (c)hdwallpapers.in
Titanic de James Cameron (c)hdwallpapers.in

Franchement, que c’est drôle de passer un examen dans une langue qui vous parait plus coréenne que chinoise! Comme je n’arrivais pas à distinguer ces deux langues, alors j’ai opté pour le japonais pour passer les examens.

Dès la première évaluation, j’ai eu déjà des ennuis majeurs. Je ne parvenais même pas à différencier la question demandée aux autres consignes. Je confondais tout. Si je dis tout, c’est vraiment TOUT. La seule chose que  j’ai su faire écrire, c’est le nom, prénom et le numéro d’ordre, point barre !!!! Quelques minutes après, alors que les autres ont commencé à remplir leurs pages – de haut en bas -, je suis resté là, penaud, à me creuser la tête comme un fada. ARI, j’essaie de déchiffrer la première ligne.

Du coup,  je gigotais sans arrêt. Ainsi, une surveillante mobile qui se doutait de quelque chose a pris une chaise et est venue s’asseoir à deux pas de moi. La conne, elle m’avait à l’œil durant tout le purgatoire. Sans tomber dans la paranoïa ni dans la suspicion hâtive, je me demandais si  ce n’était pas parce que j’étais le seul étranger dans la salle, enfin dans le groupe. Je m’étais dit qu’elle me prenait pour un pro en matière de triche. Quoique nous les hommes de couleur, nous sommes à jamais des souffre-douleurs. On nous accuse de tout et de rien. Après une heure passée, sans qu’elle m’ait vu écrire quoi que ce soit, elle a senti que quelque chose clochait. Soudain, j’ai imaginé une fée Clochette secouer son cœur tortionnaire.  En fait, vu que la durée des examens est de deux heures par module, alors que la première heure venait de s’écouler et que je n’avais rien écrit, elle m’a demandé vertement si au moins j’avais révisé avant de venir à l’examen. Sinon pourquoi j’avais laissé la feuille vierge ?

Ari, vaut mieux apprendre que comprendre !

Je lui ai donc répondu tout en gesticulant que j’avais, bon, essayé, mais malheureusement je n’y arrivais pas. Mais elle ne m’avait pas bien compris. Alors pour ne pas perturber les autres, je lui ai chuchoté à l’oreille, en dialecte égyptien, après avoir attendu qu’elle se penche sur ma copie d’examen : «Mosh fahim haga!».  Qui signifie que je ne comprends rien du tout. Avec mon arabe mokassara (articulé), ça faisait rire tout le monde présent dans la salle. Quant a moi, ce fut un coup de massue ! Mais cela a détendu un peu l’atmosphère pendant un moment. Avec un air ému, elle ajouta, ma tortionnaire : «Leih ba’a ?» . Ari « Pourquoi donc ? »

J’avais répondu : «Quoi que je fasse, je ne comprends toujours rien. J’ai déployé tant d’efforts pour comprendre au moins les titres, mais nada! N’en parlons pas la mémorisation. »  Elle m’avait jeté un regard d’affection maternelle puis elle s’est retirée pour s’asseoir sur sa chaise en bois. Trois quarts d’heure plus tard, j’ai ramassé la copie de l’examen toute vierge comme la vierge Marie! Pis que cette dernière, elle,  au moins, elle avait au moins marqué son existence de la pierre blanche de la naissance du petit Jésus.  La dame tortionnaire, surprise, elle avait pris la feuille en m’apostrophant : «Ya’bny, zaker kowayess el mara el gaya!».  Ari : «Révise bien mon fils pour la prochaine fois!». J’ai répondu, toujours penaud, « inch’Allah! » Et je me suis cassé, mais pas en mille morceaux. A vrai dire, je me suis cassé, mais en un bloc!

Sucre (c) https://2fillesofourneau.over-blog.com
Sucre (c) https://2fillesofourneau.over-blog.com

Ari, vaut mieux aller que s’en aller !

La dépression, la tristesse et le stress étaient mes compagnons à chaque fois que j’avais un examen. Moi qui croyais que tout allait passer sans coup férir! Pas mal de collègues m’avaient promis qu’elles allaient m’aider. Mais Ari, il faut attendre l’approche des examens. Ingénu que je suis, je les ai crues avec fierté. Et quand le calendrier des examens fut affiché, elles se sont  éclipsées. Les traitresses !!! Le jour où je les croiserai dans mes rêves, je vais transformer leur pauvre existence en cauchemars. Je vais les faire revivre Jack l’Eventreur , à défaut Hannibal Lecter ou Dexter. Hihihihihi !!!!

Du coup, je me suis donc arraché les cheveux pour tenter de mémoriser au moins quelques lignes. Soudainement, une idée terrible m’a effleuré la tête. Ari, pourquoi pas tricher? Tous les moyens sont bons, non ? « Tout chemin mène à Tsembehou! » dit le proverbe.

Vue de Koni Djodjo et Tsembehou (c) https://oimdu.blogspot.fr
Vue de Koni Djodjo et Tsembehou (c) https://oimdu.blogspot.fr

Ari, vaut mieux risquer que quitter!

Vous savez, c’est vrai ce qu’on dit qu’un homme qui a perdu tout espoir est toujours prêt à risquer n’importe quoi, quand bien même  votre tempérament vous empêche de le faire.  Pour moi, tricher, c’est la pire des choses que je puisse faire. Mais comme j’étais nourri de désespoir, la tentation avait pris le dessus ! J’ai donc pris la décision de tenter le coup. Mais d’abord, je vais passer la seconde matière pour évaluer la situation.

Ari, vaut mieux sortir que partir!

Le jour J ! 10 heures. Je suis entré tristement dans la salle comme si on allait me bouffer tout cru. Prévoyant comme le Petit Poucet, je laissais tomber de secrètes larmes afin que je puisse  retrouver le chemin de retour quand l’ogre de l’échec aura raison de moi. Et dès qu’on nous a distribué les feuilles, la dame de la fois dernière vint auprès de mois et dit avec ses yeux cyclope : «J’espère qu’aujourd’hui tu t’es bien préparé!». Une fille qui s’était assise derrière moi lui répondit : « Lui, il ne comprend rien à ce que tu lui dis.  Et l’arabe littéraire lui complique les choses. »  Ahurie, la dame se tourna subitement vers moi et dit : «Bigad ?».  «Vraiment ?» J’ai répondu, toujours penaud :  «Ouais!»

Elle est donc sortie voir le responsable de cette spécialité. Quelques minutes plus tard, elle est revenue flanquée du responsable. La même étudiante assise derrière moi  expliqua ma situation au responsable.  Par-devers la surveillante, tel le volcan qui détruit Pompéi,  ledit responsable répondit avec un ton péremptoire. ARI,  «ana malesh da’awa !» qui veut dire «Je m’en fous!». Avec une réplique aussi abasourdissante, la dame était abattue. Elle s’est alors dirigée vers moi et dit : «Ana asfa ya No’mane!». «Je suis désolée Naoumane!»  Elle a aussi  ajouté. « J’aurais aimé t’aider, mais malheureusement je n’y peux rien ».

Volcan en éruption (c)gentside.com/
Volcan en éruption (c)gentside.com/

Ari, vaut mieux mourir que se voir souffrir!

Suite à  cette situation embarrassante, ça m’a refroidi un peu, mais je me suis dit que tout est ma faute. Car je savais très bien que cette formation, el diplôma a’ma (le diplôme général),  se fait en arabe. Mais Ari, comme j’aime la pédagogie… j’aime l’Education… Enfin j’aime les études… Et comme je m’autodéteste, je suis devenu l’adversaire de moi-même. Ari, je suis plus qu’une tête brûlée. Je me suis dit que rien n’est impossible. Ari, «Quand on veut on peut.» Me nourrissant de cette sentence, me voici dans le pétrin! Dans tous les cas, au moins ici je me rends compte des nombreuses défaillances du système d’enseignement comorien. Ici je sais finalement que l’arabe qu’on nous apprend aux Comores ce n’est que du charabia et l’anglais de la chinoiserie.

Ari, vaut mieux souffrir pour grandir!

A chaque fin d’épreuve, quand je descends en bas de l’immeuble- comme on passait toujours les examens pendant la soirée-, je rencontrais une foule d’hommes et de femmes, amassée devant le portail de la faculté de pédagogie. La première fois, j’avais l’impression qu’il s’agissait de sit-in. Et j’hésitais de sortir. Et un jour, un collègue m’a dit qu’il s’agissait de proches qui venaient chercher leurs filles. Du coup, j’ai pensé que j’étais à l’école primaire. Il faut donc avouer que les Arabes ont un excès d’affection.

Pour moi, l’apprentissage est le seul menu qui nourrit la faculté intellectuelle de l’homme. Et les études sont le champ du savoir. Ainsi les études font partie des mes soucis majeurs.

Ari, je m’attendais à un miracle ou un oracle pour me sortir de cette embûche.
Malheureusement, ni l’un ni l’autre n’a répondu à mon cri d’alarme. Sûrement la Pythie, avec le temps, s’est transformée en statue de Sel dans les ruines de Delphes. Enfin, je me suis vite rendu compte que c’était Godot déguisé en Arlésienne que j’attendais!

Mais bon, ce n’est pas la fin du monde.

Un proverbe comorien dit : Ari, « Muntru ahi kwala bwé mutsana wuku muntru juwa halé muntru endrawo. » qui veut dire « Si tu heurtes un caillou dans la journée, tu sauras comment marcher pendant la nuit. »

Alors je vais devoir penser à un plan B pour le second semestre. En attendant, laissez-moi me morfondre au cœur de cet ego qui s’effondre.

Ari, vaut mieux s’aguerrir que conquérir!

Minuit. La nuit accouche d’un Marchand de sable qui n’arrive toujours pas à m’assommer avec sa cruche, malgré la longueur de la course poursuite.


Comores : Le comble d’un mensonge national

Minuit. Des pensées de nuit pour des jours meilleurs.

A mon corps défendant, je prends le stylo ,comme un Master of Ceremony s’accroche au micro ,pour laisser couler les larmes de mes veines. Mon cœur saigne comme saigne l’Afrique à cause de ses nombreuses sécessions. En effet, quand je regarde ce qui se  passe autour de moi et ailleurs, notamment au Soudan, en Centrafrique,  au Mali, en Egypte, en Syrie… me viennent en mémoire les événements qui ont eu lieu lors de la crise séparatiste d’ Anjouan.

 

Drapeau hissé à Anjouan en 1997 (c) flagspot.net
Drapeau hissé à Anjouan en 1997 (c) flagspot.net

Anjouan. 1997. Des pensées diurnes pour une nuit noire et grande qui aura duré dix ans.

Le peuple dans les rues, poussé par la misère. Notre pudeur en berne .Des drapeaux français hissés par-ci par-là. Naturellement, c’est tout à fait normal de revendiquer ses droits. Mais en 1997, sur l’île d’Anjouan, qu’est-ce qu’on réclamait exactement ?? Si on n’arrive pas à trouver une réponse à cette question, on risque de défendre une cause perdue ou pire encore, se battre aux cotés de perfides. En tout cas, l’histoire en juge impartial, nous a montré qu’on s’est battu pour une utopie. A force de vouloir l’impossible, on s’est retrouvé dos au mur. Comment un peuple décolonisé, peut-il demander à être colonisé, recolonisé par son ancien colonisateur ? Comment un peuple qui s’est battu pendant une vingtaine d’années pour acquérir la souveraineté et l’unité de son territoire peut-il prôner au su et au vu du monde entier la séparation, la dislocation de ce même territoire ?   Anjouan 1997, ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui se levaient à l’aube pour battre le tambour sourd du désespoir. Anjouan 1997, ce sont des vieilles gens qui n’avaient plus que la peau sur les os qui dansaient dès l’aube au rythme des mensonges séculaires d’une élite faillie.   Finalement,  l’histoire en bon juge impartial a révélé nôtre côté écrivisse.  L’histoire a révélé que nous marchons à jamais à reculons. Au lieu de suivre la marche du monde, d’un monde global, mondialisé, nous ne faisons que retourner à la case départ.  Eu égard à la régression socio-économique des pays qui ont connu ce que les érudits appellent ari  «le printemps arabe», je me demande si toute révolution sociale n’est pas toujours vouée à l’échec.  En tout cas, Anjouan 1997, c’est une révolution avortée.

Six heures. Pensées vespérales pour des couchers de soleil éternels.

Je vais donc vous raconter, pas de long en large bien sûr, mais le bout que j’ai saisi de cette histoire. Etant si jeune pour comprendre certains agissements, je ne peux pas vous livrer toute l’histoire de l’hydre du séparatisme comorien. Quoique j’ai vu des choses inimaginables et insensées qui se sont passées pendant cette période terne de notre existence en archipel comorien.

Ari, on croyait tous être au «chenal de la béatitude» ! Alors que ce n’était que du «n’trongo tou»,  du n’importe quoi. J’ai peut-être une pensée segmentée, néanmoins je me souviens de ces évènements ignominieux  et  capiteux.  Je me souviens de la frénésie qui s’était emparée de toute l’île. Une frénésie folle et affolante.

Tout avait  commencé le 14 juillet 1997. A l’époque j’étais en classe de CM2.  Comme j’étais gamin, j’ignorais ce que c’est la politique. Mais c’était la liesse pour moi d’apprendre cette «bonne nouvelle» qui allait enfin nous faire sortir de cette misère immense. Une misère beaucoup plus grande que le mont N’tringui ainsi que d’autres montagnes environnants de la région de la Cuvette. Lesquels montagnes nous empêchant d’avoir un esprit épanoui.  Fermons la parenthèse et revenons à nos cabris, puisqu’un cabri, au moins j’en avais un! Ari,  «un rattachement à la France!» allait opérer l’île d’Anjouan. Je dirais plutôt un rattachement à «la farce» puisque c’était de la pure comédie à la norme moliériste. Comment une île qui a été décolonisée peut-elle se rattacher à son ancien colonisateur ?

Anjouan (c)wn.com
Anjouan (c)wn.com

Qu’est-ce qu’on est assez naïf  pour croire à une telle ineptie ! Ari : « Un rattachement à la France !!! »Et c’était l’allégresse dans les quatre coins de l’île !  Mais je ne condamne personne vu qu’ «un ventre affamé n’a point d’oreille.» Or, ce n’est pas seulement la faim qui démange  nos ventres rachitiques qui a été à la source de notre dérive collective, mais le stéréotype de la dite «belle vie» que nous croyons que nos voisins de Mayotte mènent. Laquelle vie dont nous envions tant. Aujourd’hui l’eldorado mahorais se révèle être un miroir aux alouettes comme nôtre rêve de « rattachement à la farce » une utopie.

Alors, en raison de ces failles, démagogues et fourbes ont profité de l’occasion pour manipuler le peuple à leur propre guise ! Des vieilles gens et des innocents jeunes ont servi de marionnettes pendant une décennie.

Et comme on est un peuple «jobard», il suffit d’un rien et on tombe dans les bras de Morphée, oups!  Ou plutôt d’Orphée, je fais, souvent, des lapsus. Ainsi ces papelards ont eu l’audace, avec leur discours mielleux et doucereux que pompeux, de nous marcher dessus, tout en donnant comme exemple l’île de Mayotte, «l’eldorado » des Anjouanais, enfin des Comoriens, ou des connait rien . hihihihihi !!! Laissez-moi rire !!!

Rêvant d’une vie meilleure, on a tout sacrifié pour aller jusqu’au bout de l’invraisemblable ! Tellement on a été nourri de rêves qu’on ne voyait même pas la réalité qui s’affichait à l’horizon. On suivait les dits «leaders» comme un bétail qui suit son éleveur.

Ces politiciens éhontés ou plutôt ces caïds savaient très bien à qui ils avaient affaire.  Une véritable mascarade, malheureusement on ne s’en rendait pas compte ! Ils nous ont bien eus par cette argutie, ari, «rattachement à la France». Qu’est-ce que cela fait pitié! Mentir tout un peuple si ingénu !

(c) BBC.co.uk
(c) BBC.co.uk

Ari : «Mabawa waaaa!», une expression banale que malheureusement je n’arrive pas à la traduire en français ! Et à chaque fois qu’un démagogue s’étalait dans sa logorrhée, il ne manquait pas à évoquer cette expression. Que ce soit à la radio, à la télévision ou dans un meeting, la foule, avide de bonheur, s’exclamait de joie. Cela faisait l’objet d’euphorie insulaire!

Il n’était donc pas question de contredire. Et si jamais quelqu’un osait lever la voix pour contrecarrer, il était donc pris pour un mouchard, un traitre, un partisan du pouvoir central ! Et s’il récidivait, c’était  donc au lynchage qu’il encourait. Parfois on confisquait même ses biens matériels, ari, butin hum ! Il se passait vraiment des choses extrêmement épouvantables.  C’était l’anarchie totale qui gouvernait l’île séparatiste d’Anjouan. Par ailleurs, quand une délégation de démagogues revenait d’Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, après une négociation sans issue ou si un émissaire de l’Union africaine atterrissait sur la piste de Ouani, pour tenter de remettre nos chers jésuites sur les rails afin de sortir le pays dans l’impasse politique, les gens se mettaient à jouer aux terroristes verbaux. Tout le monde descendait à Ouani à pieds. Ceux et celles qui habitaient des régions lointaines, partaient dès l’aurore, selon la distance qui sépare Ouani et la région concernée. Sous un soleil ardent avec une chaleur tropicale suffocante. Mais tout cela n’était pour rien.  Ari, pour entrer au paradis, il faut goûter avant tout la mort. Toutefois, nos «supers héros», les matois, dormaient paisiblement chez eux  et attendaient que la masse paysanne, qui se venait de tous les coins et recoins de la pauvre île d’Anjouan, venir accomplir leur tâche.

Et ce qui m’étonnait le plus, on apportait à ces derniers des hidaya (cadeaux), pour les encourager. Hein ! Comme ils étaient pris pour des messies dans certaines localités! Sacredieu ! Peut-être les bourreaux de la nation, pas des messies, ces péteux!

Cette crise séparatiste a duré beaucoup plus que prévu.  Du coup le pouvoir central a puisé tout son énergie pour mater la situation et réinstaurer l’ordre dans l’île, mais en vain.

(c) worldpress.org
(c) worldpress.org

Après un débarquement militaire qui a échoué, les autorités du pouvoir central ont infligé, en guise de sanctions,  un embargo à l’île séparatiste d’Anjouan. Les Anjouanais qui habitaient à la Grande Comore ont été chassés, menacés davantage, même les ministres anjouanais qui composaient le gouvernement central étaient humiliés quotidiennement  par des jeunes de la grande île. Fallait-il réagir ainsi ? Alors que ces ministres militaient pour l’intégralité de l’archipel! Vraiment on nageait en plein schizophrénie !!!!

Pendant ce temps, c’était la catastrophe qui régnait dans l’île de mabawa waaaa(ailes). Il nous manquait de tout. Pendant six mois, je n’ai pas vu allumer les lampes électriques de notre voisin. Chez nous, à ce moment là, on n’utilisait que de lampions. C’est triste à dire mais ari la pauvreté n’est pas un choix hein! Carence de carburant, pénurie de riz, manque de tout produit de première nécessité ! Pas de déplacement n’en voiture d’où pas de travail. Donc pas de salaire. On est resté dans le noir, pendant plus d’un semestre, tout en attendant avidement et naïvement ce maudit «rattachement à la France». Hélas ! On n’a eu qu’un rattachement à la souffrance qui aura duré une décennie !

De 1997 à 2001, on a reçu un enseignement scindé. Les programmes scolaires n’étaient jamais terminés. Et on n’achevait jamais un trimestre sans qu’il ait des grèves et des manifs.

Par conséquent, les écoles privées se sont multipliées au détriment des écoles publiques. De la sorte, ceux qui ont les poches remplies de quelques billets, y envoyèrent leurs enfants à l’école privée. Tant pis pour nous autres que les poches de nos papas sont trouées! On était donc contraint de rester chancir et moisir dans les écoles publiques. Pauvres de nous wana wa begua ouropvou !!!!

Cela explique bien la baisse de niveau des élèves  de l’île au cours de ces  dernières années.

J’ai connu des camarades doués d’intelligence, quand nous étions à l’école primaire et au collège. Malheureusement ils n’ont pas pu tenir le coup. Alors, Ils ont abandonnés les études justes parce que les copains et les copines sont envoyés à l’école privées  et que l’école publique qu’ils fréquentaient n’était qu’amusement et passe-temps. Nous qui avons persévéré jusqu’au bout, nous sommes dotés de tant de lacunes.

(c)lefigaro.fr
(c)lefigaro.fr

Il faut attendre en 2001, lors de la conférence de Mohéli, quand les poches de nos super-héros se sont bien remplies, pour que les deux bouts parviennent à signer un accord tout en amendant la constitution et en abrogeant certains articles. Ari, tournante, Union des Comores, une constitution qui est venue légitimer les inégalités socio-économiques des îles.

Chaque île bénéficia dès lors  d’une autonomie large. Un autre nœud vient d’être scellé!

Trois îles indépendantes, trois présidents en plus de celui de l’Union. Quelle calamité ! Une autre crise qui a failli couler encore du sang en 2008 lors d’un second débarquement.

Ainsi les dits «présidents insulaires», les «m’djé djégo» ont adopté un nouveau statut, ari on les appelle maintenant des  «gouverneurs» et leurs ministres, ari on les appelle des commissaires, bon sang ! On n’est pas encore sorti de l’auberge.

Minuit. Des pensées de nuit pour des jours meilleurs. Mon cerveau en veille, que vieille est la nuit, et les étoiles me susurrent que le problème aux Comores ne réside pas dans  les tensions entre les îles, mais il se trouve dans les inégalités sociales qui se creusent chaque jour entre  les pauvres qui n’arrivent pas à se nourrir et à s’instruire et les riches qui se gavent de nourriture et de culture.

 


Comores : entre danses folkloriques et nostalgie

Je vais être plus ou moins aigre aujourd’hui. Toute chose a une fin , hein? Surtout que je ne suis pas un Y’a Bon Banania , toujours hilare même quand il prend des coups de baïonnette dans le froc !!! De quoi  parle Naoumane ? De quoi je me mêle? 😛

y'a bon banania (c) https://p5.storage.canalblog.com
y’a bon banania (c) https://p5.storage.canalblog.com

Appelées en langue comorienne ari n’goma zashi tamaduni, les danses traditionnelles tendent à disparaitre au profit de danses dites modernes ou occidentales. Pourtant elles  participent bel et bien au développement socio-économique d’un pays. Ce n’est pas que je revendique une mise à distance du modèle occidental de société, mais je pense qu’on peut bien être moderne, ouvert sur/au monde et avoir des principes : les principes du respect des traditions.

Considérées par les jeunes Comoriens comme des pratiques désuètes, obsolètes,  nos pratiques patrimoniales musicales renfermant une richesse inestimable s’éteignent petit à petit. Moult jeunes Comoriens préfèrent la danse du ventre d’une Beyoncé ou d’un Ne-Yo au rumbu de Papa L’amour. Pourtant le zinisa trenga c’est le zinisa trenga. Si ailleurs ils se déhanchent  tous au rythme du R&B et autres New Jack , nos femmes avec leur région fessière stéatopyge se déhanchent trente millions de  fois mieux qu’une Beyonzé ou une Rihanna. D’ailleurs, par sa forme aplatie le derrière de cette Rihanna ressemble  plus à  celui d’un taximan qu’à un vrai derrière. Dufi la shofera, hihihihi  : v

Ari, on attend  l’Unesco et je ne sais qui venir  faire promouvoir  la patrimonialité de notre pays. J’avoue que nous sommes un peuple nourri à la facilité et à la corruption. Au lieu de valoriser le « peu » de ressources que nous possédons, on le détruit.

shigoma (c)https://www.penhars-infos.com
shigoma (c)https://www.penhars-infos.com

Les chants et danses ancestraux, multiples hymnes à l’amour et à la solidarité, qui rythmaient nos mariages et égayaient nos travaux champêtres sont aujourd’hui presque disparus. Bon nombre de comptines qui embellissaient nos chasses aux  oiseaux, qui détruisaient les récoltes, se sont tristement volatilisés. Et le peu qui reste de cette culture ancestrale est méconnu par bon nombre de Comoriens.

Ari, on a un ministère de la Culture et du Tourisme. On a c’est vrai  un ministère, mais sans personnel et les missions qui devraient être confiées à ce ministère on les attend !

Ce qui me fait vraiment mal c’est que ces chants et ces danses ne sont pas que des simples rituels, mais une véritable peinture de nos origines et ils symbolisent deux choses :

Premièrement, ces chants et danses nous permettent de retracer les origines de notre peuple. Comme nous sommes un peuple métissé, ces danses nous servent de repère pour bien remonter aux sources. Ainsi, les kandza, m’hulidi, dayira sont des danses d’origine arabe et le shigoma est une danse d’origine africaine.

Deuxièmement, ces chants et danses permettent de dissiper certaines confusions au sein de la religion, vu que les us et coutumes empiètent sur nos pratiques religieuses ces dernières décennies. Prenons l’exemple de la présence de l’animisme !  Ari, l’islam est la seule religion pratiquée aux Comores !  Bah vous m’en direz plus !!! Et que dites-vous des  M’gala et autres Roumbou…..

Voila pourquoi je pense que  ces chants sont beaucoup plus importants en matière de patrimonialité culturelle. J’ose même dire que c’est le cœur de notre civilisation.

femmes comoriennes en chiromani (c) https://africanfashiondesign.net
femmes comoriennes en chiromani (c) https://africanfashiondesign.net

Par ailleurs, certaines danses traditionnelles, celles qui ont pu survivre à  l’ethnocide, se pratiquent à l’ occasion de célébrations de mariages. Parmi elles , il y a le Tari et le Wadaha, des danses féminines typiquement anjouanaises et qui sont célébrées par les femmes et/ou les filles. Je dis bien qu’elles ne concernent que les femmes et /ou les filles puisque dans certains milieux, notamment les milieux urbains, c’est seulement les shama (associations)  composées de femmes mariées qui ont le droit de pratiquer ces rituels. Tandis que  dans presque tous les milieux ruraux, n’importe quelle fille adhérente à un shama (association) a le droit de participer à ces  rituels, au côté de leur maman. Hihihi, venez voir ces perles, ces jeunes filles qui portent leurs plus beaux atours, qui se maquillent au 3e degré (Celsius)  et parées de bijoux  choisis selon la couleur ou les motifs du tissu.

wadaha (c) https://foumbouni.net
wadaha (c) https://foumbouni.net

Quelles sont belles, nos sœurs, dans leur fonction de cintre! Des cintres, oui, parce que leurs habits ne suscitent qu’une certaine convoitise de la part des autres shamas. Comme nous le savons bien que l’homme est de nature jalouse, mais chez la femme la jalousie c’est juste Ouf !!!

Les agréables youyous suaves et harmonieux des belles dames et les  refrains attractifs des jeunes filles se font entendre de loin. Juste d’y penser, il y a mon cœur qui se fond comme une boule de glace sous un ciel d’Alexandrie. Et comme l’ambiance est délicieuse, alléchante ! Ô laissez-moi lécher mes lèvres à n’en plus finir. Surtout que ces réjouissances sont l’occasion de rendez-vous galants. Ou plutôt des rendez-fous collants entre les jeunes gars et les jeunes fille qui prétendent venir assister à la cérémonie.

shigoma (c) https://www.mayottehebdo.com
shigoma (c) https://www.mayottehebdo.com

En revanche le shigoma et le garassis, danses masculines, sont pratiquement anjouanaises. On porte nos plus beaux costumes bien défroissés et bien fleuris avec  une cravate et des chaussures de cérémonie à lacets noirs. Basket, tennis et autres n’ont pas leur place. C’est l’élégance qui prend le dessus.

Les jeunes filles viennent à leur tour contempler cette danse au chant folklorique, au son harmonieux et aux mélodies rythmées par les tambours.

Elles portent ostentatoirement des magnifiques shiromanis (pièce d’étoffe large avec laquelle se couvrent  les femmes anjouanaises quand elles sortent hors de leur demeure). Elles revêtent aussi des  châles bien parfumés et bien repassés pour les présenter à un membre de la famille ou tout simplement à un amoureux !

Cette sorte de foulard qu’on porte autour du cou pour maintenir la cadence , est souvent accompagnée d’un mwawo ( collier de fleurs). Celui qui porte ce trophée est le héros de la soirée. Il y en a qui graisse la patte à certaines nanas pour qu’elles viennent leur mettre un shiromani autour du cou. C’est pendant ce genre d’occasion que les midinettes  repèrent les beaux-gosses  pour les rencards et les  larguent aussitôt, les bécasses. Ari, moi, beau-gosse que je suis, hihihi je m’en moque ! Je n’ai jamais eu la chance d’avoir le châle et le mwawo à la fois ! Or, c’est vrai , mais seulement une fois : P, après que ma chère sœur  est venue m’apporter un châle tout neuf  et quelques minutes après, une très belle demoiselle m’a collé deux tempas (noeud papillon fait à base de fleurs ) de jasmin sur les épaules !
Ce n’est pas du tout mal , non !!! Laissez-moi vivre ma joie et célébrer cette culture qu’il faut préserver.

 


Lettre d’un looser à sa maman

Très chère maman,

C’est avec une certaine amertume que je vous écris cette lettre pour parler de l’année qui vient de s’écouler. Une année qui m’a profondément rendu froid, pour ne pas dire aigri.

J’ai la conviction que tu te portes bien ainsi que toute la famille, cousins, cousines et voisins.

Je viens de passer l’année la plus cauchemardesque, la plus chaotique et la plus mouvementée de ma vie. L’année de toutes les misères, je le jure sur ta tête. W’Allah !

L’année 2013 m’a fait vivre « Une saison en enfer » dans un décor de « Fleurs du mal ». On dirait que j’ai goûté les supplices de la tombe tout en ayant le souffle aux narines. Maman, si je reste toujours debout face à l’adversité c’est parce que je puise ma force dans l’amour que tu portes pour moi, et qui est naturellement réciproque.

Ari : Il ne faut pas trop rêver sinon on devient le jouet de la fatalité. Fin 2012, j’ai réussi avec succès mes examens au département de langue et de littérature française de l’université d’Alexandrie. Du coup, l’année suivante s’annonçait comme un tremplin pour une vie enfin meilleure. Elle allait m’ouvrir enfin toutes les portes menant à la chance, à la prospérité et au bonheur.

Mais finalement, tout ne s’est pas passé comme je l’espérais.

Du coup, j’ai versé quelques averses à cause de certains aléas!

Naoumane le gentleman à la bibliothèque d'Alexandrie (c) Naoumane
Naoumane le gentleman à la bibliothèque d’Alexandrie (c) Naoumane

Demande d’inscription universitaire en France acceptée, j’ai nourri naïvement tous les espoirs du monde. « Enfin le sésame qui m’ouvrira les portes de la félicité » me suis-je dit. Malheureusement maman, le visa tant rêvé n’a pas été accordé à ton fils, et cela sans explication. Et quand j’ai insisté pour avoir un motif, ari «  le refus de visa de long séjour n’est pas motivé » fin de la réplique de la part du consulat de France au Caire. Tu entends « le propos bateau » maman, pire qu’une pirouette. J’aurais préféré maman qu’ils me disent que c’est à cause de mon bide ou de mes oreilles qui ressemblent à une antenne parabolique ou de ma bouche charnue comme la vache de tonton. Tonnerre de tonnerre de Brest !!! Je m’excuse maman pour les expressions grossières, les émotions m’ont changé profondément, j’ai dit. D’ailleurs, je crains qu’à mon retour au bled, tu auras un autre Naoumane que celui que tu connaissais auparavant.

Du coup, j’ai versé quelques averses à cause de certains aléas !

Si tu veux aller en France pour une bonne cause, pour acquérir un savoir, autrement dit, pour devenir utile à ton pays, on te tétanise, on te traumatise. Le consulat préfère que tu forges des mensonges de toutes pièces comme aller ragoter à longueur de nuit et de journée sur les réseaux sociaux avec des mères célibataires en mal d’affection maritale dans la solitude narcissique française. Pour qu’enfin ces femmes à qui tu fais croire hypocritement que leur corps plantureux est sexy, que leur regard évidé de pudeur est beau, viennent vous chercher pour vous faire accéder au paradis occidental. « Elles sont folles ! » tu te dis sûrement maman. Non, elles ne sont pas du tout folles maman. C’est juste qu’elles ont un ego surdimensionné. Je sais que tu ne sais pas ce que c’est un ego surdimensionné. Moi-même, je ne sais pas comment te l’expliquer. Pour caricaturer, je dirais que c’est comme un âne, à force de lui donner de l’importance, il finit par se prendre pour un cheval. « Wamo triya pundra hagupvu manani yodra tayifikiri am’ba yo farasi ». C’est vrai, c’est toi qui m’as appris cette maxime. Tu vois maman, je n’ai pas oublié tout ce que tu m’as appris. Donc, ces femmes à force de se faire draguer par de nombreux aspirants à l’émigration, elles finissent par croire qu’elles sont les rois du pétrole. Mais sache maman, que je ne suis pas de ceux-là, je ne suis ni un Don Juan ni un Casanova. Encore moins, de ceux que le désespoir pousse à emprunter la mer Méditerranée pour atteindre cette île de la honte dite Lampedusa. Maman, comme je sais que tu ne connais pas cette île, sache que c’est un autre cimetière marin, pareil à celui qui relie l’île d’Anjouan à celle du « 111e département français ».  C’est étonnant que ceux-là mêmes qui nous ferment leurs frontières, débarquent éhontés chez nous quand le mal nous abat de plein fouet. Ils viennent avec leurs aides et leur plan d’ajustement structurel, PAM, FMI  et autre ari pour  nous faire croire qu’ils veulent nous sortir de l’impasse. Ben ! Comme il se dit ari «les Mecquois connaissent aussi bien la Mecque que les Hadj (Pèlerins). Donc « vaut mieux apprendre aux gens comment pêcher que leur donner « gratuitement » des poissons.» dit un proverbe chinois.

Migrants clandestins dans une embarcation de fortune (c) https://www.wort.lu
Migrants clandestins dans une embarcation de fortune (c) https://www.wort.lu

Ô mère ! Comme t’avais raison dans tout ce que tu me disais quotidiennement et affectivement : « Toma wuparé  shaho bé shantru kashi fayi muntru ! Behu pvolwa kayina baraka! » Qui signifie : « Travaille afin que tu gagnes ton pain à la sueur de ton front. Et non attendre qu’on te serve. Car être servi n’est pas du tout une bonne chose. »

Malheureusement, je n’ai pas su suivre tes conseils. Me voici en train de vivoter !

Du coup, j’ai versé quelques averses à cause de certains aléas !

Ô mère ! Si tu savais combien tu me manques ! Tout ce que j’ai retenu de tes nobles adages, c’est l’amour de la patrie. En parlant de patrie, sache qu’en secret je me suis toujours demandé si j’en ai vraiment une. Ici j’ai connu des gens qui sont vraiment attachés à leur patrie. Des vrais patriotes qui sont prêts à tout pour leur patrie. Je me demande même si chez nous là-bas on ne confond pas arrivisme et patriotisme.

Je suis vraiment navré maman de t’écrire une lettre fleuve ! Vu ton âge, je devrais être bref, mais comme j’ai tellement de choses à te révéler et que je n’ai aucun confident que toi. J’espère que le lecteur de cette lettre saura garder pour lui mes révélations. Sinon, je  lui couperais sa langue à cette vipère (A ne pas lire s’il te plaît cette phrase à maman !). Ô maman, ô ma confidente, permets-moi de t’écrire pour te dessiner une  fresque de ce que j’ai enduré tout au fil de cette année que je ne saurais pas maudire. Puisqu’au cours de laquelle  une rencontre périlleuse et épineuse a vu le jour. Oui maman, la solitude m’a poussé dans les bras d’une  autre, malgré la promesse que j’ai faite à cette promise qui est restée là-bas. J’avoue que des fois rester « solitaire et solidaire » comme Camus est insupportable, problématique. Comprends-moi maman, malgré les apparences, je n’ai rien d’un dévot malien au chevet d’un manuscrit séculaire dans un Tombouctou sous les obus de fanatiques qui n’ont de l’islam que le port de ses symboles et de sa gestuelle.

Guerre civile en Egypte (c) https://www.dw.de
Guerre civile en Egypte (c) https://www.dw.de

Alors que l’Egypte est au seuil d’une guerre civile … Maman quand je dis guerre civile, il faut bien entendre guerre civile. Il ne faut pas confondre avec cette guerre civile qui a eu lieu en 1999 opposant les gens de Mutsamudu et de Mirontsi. Ici on ne se bat pas avec de la salive et des cailloux comme  là-bas. Ici, ils ont l’âme guerrière, le sang chaud. Et quand ils s’affrontent, les morts se comptent par milliers. Mais rassure-toi maman, je ne mets jamais mon nez dehors au moment des hostilités. Sauf quand j’ai rencontré celle dont je t’ai parlé. Moi, le gaillard, aussi looser que je sois, l’amour m’a précipité dans les ruines de ce pays en guerre. Il ne faut pas en vouloir à ton fils maman, l’amour rend aveugle, tu le sais très bien. Si tu doutes, un jour je te lirai « Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre » de Luis Sepulveda.  Et si tu doutes encore, je te ferai visionner « Underground » d’Emir Kusturika. Bref, à vrai dire, je croyais avoir été amoureux, et aussi être aimé ou plutôt être semé ! Tendre que je suis … « Mille millions de mille sabords ! » Qu’est-ce je suis assez ingénu pour croire aux apparences ! Ari : « On ne badine pas avec l’amour ». Moi bête comme je suis j’ai badiné plutôt avec l’humour.

Du coup, j’ai versé quelques averses à cause de certains aléas !

A cause de cette amourette, j’ai postulé à l’université Senghor pour faire un master en développement. Oui maman, petit morveux comme je suis, j’ai voulu péter plus haut que mon froc pour conquérir le trône du cœur de ma dulcinée. Autant d’ambition que d’enthousiasme. Je me suis donné à fond pour pouvoir enfin être parmi les 120 boursiers de la promotion 2013-2015. Et par la grâce d’Allah, j’ai passé les 3 épreuves avec succès. Mais comme la poisse me colle au dos, je fus listé parmi les non boursiers !!  Quel fracas ! Encore une autre foudre qui m’est tombée dessus.

Quelques jours après la délibération des résultats, cette relation atteignit le crépuscule. Le trône du cœur de la dulcinée s’est révélé damné. Ari « kana shewo kana shema », qui n’a rien n’a rien.

Du coup, j’ai versé quelques averses à cause de certains aléas !

Depuis lors, je suis resté sans vie ! Jusqu’au jour où une voix intérieure m’ouvrit les yeux et me montra la bonne voie à suivre. Celle de la confiance de soi, de ne pas s’attacher tout à coup à quiconque, de ne rien attendre de personne et de ne pas croire sur parole à tout ce qu’on vous dit.

Par ailleurs, j’ai pris mon courage à demain et je me suis inscrit à la faculté de pédagogie. Tu vois comme j’aime les études, maman ! Ma douce maman, comme tu vois je n’ai qu’un seul but, celui d’apporter mon grain de sable dans la construction de notre bel archipel.

Un autre événement maman, aussi retentissant de l’année 2013, qui m’a beaucoup touché. Cette année pleine de tourments a décidé de mettre fin à la vie  d’une figure emblématique qu’humaniste. L’homme qui a pu transformer la haine en amour, la vengeance en réconciliation et la violence en paix. Et cela malgré toutes les oppressions et humiliations qu’il a subies. Et cette figure n’est autre que Tata Madiba, de son nom tribal, connu sous son nom officiel Nelson Mandela ! Maman, c’est toi qui m’as fait aimer cet homme, puisque chaque matin après la lecture du Coran, tu te mettais à fredonner la chanson Mandela de Salim Ali Amir. Je sais combien cet homme comptait pour toi, combien son combat avait de l’importance à tes yeux. Sans me l’être avoué, j’ai toujours su que le combat de cet homme te rappelait toujours celui du président Ali Soilihi.

Rassure-toi maman, que Madiba restera pour moi un modèle à suivre. Paix à son âme !

Du coup, j’ai versé quelques averses à cause de certains aléas !

In sha Allah, maman, je prie que le Nouvel An se montre beaucoup plus clément pour moi  ainsi que pour mes semblables !

Ne t’inquiète pas maman, ton fils est loin d’être un looser. Ta bénédiction veille sur moi comme tout autre fils béni par sa maman !

Je pense fort à toi.  Et je nourris toujours le projet de venir faire ton bonheur.

Salutations aux tontons et aux tantes !

 

Ton cher fils Naoumane


Comores : les racines d’un mal commun

Ari « l’Afrique noire est mal partie ». En tout cas, quelque cinquante années après les indépendances, l’Histoire n’infirme pas le propos. Au contraire, elle confirme que « les ennemis de l’Afrique sont les Africains » comme disait  M. dreadlocks-là. En effet,  les oiseaux de mauvais augure se révèlent être nous-mêmes, les Africains. D’ailleurs, des fois, je me surprends à me demander si Africain est méjoratif ou péjoratif. Eh oui, le miroir reflète le sorcier qui est en nous. Coups d’Etat militaires en vogue,  rébellion à la mode, conspiration au sein des gouvernements, évasion, émigration, séparatisme font et défont notre quotidien.

Enfant Soldat/ (c) lautrefrate

N’a-t-on pas honte que quand on parle de notre très chère Afrique, à part les maladies qui nous rongent les âmes et amaigrissent nos anus, on ne parle que de la «fameuse rébellion dite Seleka », des « exploits des  redoutables guerriers du M23 » ou de « rapts de shebabs », pour ne citer que ceux-là.

Je pense qu’avant de vouloir un niveau de développement équivalant aux standards européens, nos chers gouvernements du Sud devraient d’abord se pencher beaucoup plus sur la sécurité des Etats africains. Puisque sans une stabilité politique, on ne peut pas faire redémarrer la machine économique. Et sans une économie stable, il n y aura jamais une jeunesse prospère. Et sans cette jeunesse prospère, on ne peut pas ériger au sommet du Kilimandjaro la tour El-Afriquia (pour ne pas dire la tour Eiffel) que nous appelons tous de nos vœux. Pour finalement placer en haut de cette tour imaginaire le drapeau de l’Union africaine. Un drapeau qui rayonnera d’une aura de paix et d’équité l’ensemble du continent.

Parlons un peu de chez nous. Puisque ari « muntru ahimo buwa kasha, muntru wubuwa delahé », dit un proverbe de chez nous. Qui veut dire que si on ouvre une malle, on n’ouvre que la sienne.

Si on lit bien l’histoire de notre armée nationale, on remarque que les divisions et les malentendus qui se génèrent au sein de ce corps proviennent de loin. Ainsi fallait-il donc remonter l’amont, aller jusque-là où le bob de Denard a semé le germe du mal. Puis redescendre tout doucement. On saura donc qui sont les loyalistes qui se trouvent dans cette force censée protéger notre nation et non semer la dissension, voire le crime fratricide.

Mais si j’étais un Bradley Manning version comorienne,  pour mettre la lumière sur l’affaire Combo ou plutôt l’affaire Dreyfus, je prêterais la plume d’Émile Zola pour écrire à mon tour « Je m’excuse !! », oh ! désolé Monsieur le président !!!  Je voulais dire « J’accuse !! ». Ari «qui s’excuse s’accuse ». Et comme le suspect ressemble à quiconque portant l’uniforme de l’armée nationale ou un simple civil. Alors je demanderai la permission de nos supérieurs de me laisser une toute petite marge sur le quotidien national Al-Watwan . Pour évoquer encore une fois ce crime abominable jusqu’à maintenant impuni parce que non élucidé.

Il y a un autre facteur fondamental pour le développement d’un pays. Et qui reste malheureusement absent, jusqu’à lors, chez nous. Et cette absence est cause de tous les maux qui frappent à coup sûr la quasi-totalité des pays africains. Et ce facteur n’est autre que l’éducation.

Avons-nous vraiment reçu l’éducation qu’il fallait ?  Ou sommes-nous seulement abreuvés par des connaissances de l’Occident qui sont en vrai éloignées de nos réalités quotidiennes. Je pense qu’on n’est pas du tout sorti de l’auberge. Que la confusion de cultures, des cultures africaines et de celles de l’Occident dont parlent Seydou Badian dans Sous L’orage et Cheikh Hamidou Khan dans L’aventure ambiguë , reste d’actualité. La dénonciation de ces deux grands auteurs de notre terroir n’a pas tordu le cou à l’acculturation dont nous ne cessons de subir. Ari le chemin est encore long devant nous !

Le système éducatif archaïque qui date depuis zama za m’colo (l’époque coloniale) laisse à désirer. Bien que les choses ont beaucoup changé, suivant l’évolution  technologique, le niveau scolaire reste inchangé, toujours faible. Quant à nous, on est là avec nos tableaux noirs de ciment et de craies de chaux. Salles de classe dépourvues de tout, remplies de plus d’une trentaine d’élèves, de chaises bancales. Pas d’électricité, n’en parlons point de data Show. Par conséquent, quand le soleil se couche sur la chaîne montagneuse qui surplombe certaines localités, comme la nôtre, nous sommes donc contraints de terminer les cours. Ce qui fait que les heures d’apprentissage sont très limitées. Alors il ne faut pas s’étonner qu’un bon nombre d’élèves quittent l’école si tôt. On remarque donc une jeunesse de plus en plus extravertie, déscolarisée, facteur d’une montée de la délinquance, viol, crime… chose qu’on ne voyait qu’à la télévision. Et nos administrateurs, watwani gouroumand (des patriotes gourmands), qui occupent des postes clés depuis l’aube de l’indépendance, se plaignent de ces exactions qui ne cessent de gagner du terrain dans notre archipel, ne cèdent pas la relève aux jeunes générations pour apporter afin un sang neuf à ce corps rachitique appelé Etat comme mort : rien. Ces gourouma n’envisagent aucun éventuel changement en dehors des changements qu’ils opèrent au niveau de leurs maîtresses. Ils restent collés sur les chaises, comme s’ils sont nés avec, et se jugent compétents et capables de nous emmener sur la terre promise. Alors qu’on est là depuis plus de trente-cinq ans à gober goulûment leurs boniments. Bon sang ! Comme on aime bien entendre votre bagout ! Ainsi nous promet-on de temps en temps, malheureusement, l’Eldorado.

Cirque de Bambao Mtruni/ (c) https://news.mongabay.com

J’ignore quand le ferry qui nous amènera à Eden quittera le port de complaisance de Tsembehou. J’ignore qui m’ignore comme ce pays qui m’ignore dans cette ignorance totale de nos élus jamais élus que dans leur fantasme.

 

Ari «c’est sur le mauvais arbre que se pose l’oiseau de mauvais augure » d’après un proverbe songhaï.  Du coup, No Comment !


VOIR ALEXANDRIE ET MOURIR

Au Caire.  À la station Ramsès. Le soleil fait jour. Le jour vient de défaire la nuit. Tout chante et rappelle les airs d’Oum Kalthoum.

Nous étions au second quai, mon frère et moi, à attendre le train de 12h15 pour Alexandrie. Deux jeunes hommes à la coiffure militaire viennent  nous demander si nous aussi partions  pour Alex. Mon frère qui parle l’égyptien comme s’il était natif de ce pays de grandes Civilisations s’empressa de leur répondre : « aywa in sha Allah » qui veut dire « oui s’il plait à Dieu ».  D’ordinaire, les Égyptiens aiment papoter, surtout avec des étrangers. Alors ils ont commencé à poser des questions drôles et fastidieuses : « Entom men aïna ? »= « vous êtes d’où ? » « Juzur al-Qamar », « De l’archipel des Comores » : a répondu mon frère, sourire aux lèvres.  « Aywa ! Juzur al-Komor, mosh Juzur al-Qamar !», «  L’archipel des Comores se trouve dans l’archipel de la Lune ? »  ajoute celui qui me semblait un peu plus âgé. « La’a Juzur al-Qamar mosh Juzur al-komor », répliqua mon frère.  Insistant sur cette nuance de point de vue sémantique que graphique, entre Juzur al-Qamar et Juzur al-Komor qui signifie Les Iles de la Lune. Même moi je me suis demandé pourquoi ce monsieur veut-il vraiment que nous soyons des Sélénites; a-t-on sans le savoir des traits lunatiques qui lui font penser à ceux d’êtres qui ne peuvent venir que de la lune ?

La discussion prit  de plus en plus un air humoristique. J’ai éclaté de rire, comme j’aime bien rire, quand le Monsieur qui se prenait pour un professeur de géographie dit à mon frère : « Juzur al-Komor a’ala gambi sen’gal !», ari, les Iles Comores se trouvent à coté du Sénégal!!  « la’a ya an’mo ! Juzur al-Qamar mawjud fi mohet el hindi, ma beyna Afrikia wa Madagascar», répliqua  mon frère : « Non Monsieur ! Les Iles Comores se situent dans l’océan Indien, entre l’Afrique et  Madagascar ». Il faut ajouter que la plupart des Égyptiens sont accueillants et aiment bien plaisanter. La conversation risquait de n’en plus finir si  jamais une beauté angélique ne traversa le seuil de ce terminal et ne s’arrêta sur le même quai que nous nous trouvions.

C’était une jeune fille non-voilée de taille moyenne, d’une vingtaine d’années. Une beauté orientale au look  américain  et à  l’apparence européenne. Elle avait les cheveux longs et noirs et les yeux revolver. Elle  tenait à la main droite une roulette  et un petit sac à la main gauche. Elle avait un sourire académique et une démarche un peu diplomatique. Elle portait des lunettes marron, un body à manche longue, un Slim noir et des talons de 90 centimètres de long. Ce qui lui permettait de tortiller les hanches. Ses déhanchements, on aurait dit des vagues qui déferlaient sur mon cœur exilé dans d’autres cieux.  Ses déhanchements , on aurait dit ces chants qui défont le monde pour le refaire au goût du peuple , ces chants à la Fairouz. Tout le monde, à la gare, avait les yeux rivés sur elle. Même nos chers bonhommes avaient  cessé de blablater. Soudain,  ils nous ont dit  « ahlan wa sahla fe Masr !», bienvenus en Égypte ! Et ils se sont tous rués vers cette joliesse.

Quant à moi, j’étais juste abasourdi de voir tous ces pauvres gens se transformer en de véritables spectateurs de casting. Cependant, à force de la regarder, la tentation commença à me faire changer de « qibla ».  Alors j’ai commencé  à contempler ce chef-d’œuvre de l’art moderne tout en faisant profil bas, mais aussi en faisant preuve de circonspection.

Quelques minutes plus tard, accoste le train qui doit nous amener à Alex. Je dis donc « au revoir frère », et je suis monté à bord. Dans le train, il y avait une ambiance certaine. Ça parlait de partout, et comme c’étaient mes premiers jours ici dans le pays des Pharaons, je ne comprenais rien du tout de ce tapage. J’étais impatient d’arriver à Alex afin de revoir à nouveau cette ravissante et charmante jeune fille, tout comme la majeure partie des passagers d’ailleurs. Sentimental, je suis, hein ?

Le cœur

a toujours voulu d’exil

Mais l’âme

demeure sédentaire

Vue de la Corniche à Shatby © A. Naoumane
Vue de la Corniche à Shatby © A. Naoumane

Arrivé à Al-Iskandariya (Alexandrie), cette superbe ville égyptienne située à l’Ouest du delta du Nil, fondée en 331 avant J.-C. par Alexandre le Grand. Le trajet dura deux heures et trente minutes. D’emblée, je me suis rendu compte que les Alexandrins sont affables et solidaires que les Cairotes. Puisqu’ici, quand tu demandes le chemin à quelqu’un. Il va te l’indiquer. S’il le sait, sinon il va être franc avec toi. Ce n’est pas comme au Caire, où quand tu demandes un endroit quelconque,  on va certes t’orienter, mais faussement. «  Combien de fois on m’a donné une mauvaise direction au Caire ?! » Mais cela n’exclut pas le mépris de certains  esprits.

Ben ! Revenons à notre histoire. Après avoir perdu la trace de cette « sublime créature », j’ai très vite pris le train d’Aboukir pour me rendre à Asafra. Un quartier populaire situé à l’Est de cette ville.  Ici, comme dans les grandes villes du monde, il vous faut  beaucoup de patiences. Pour résister aux mauvais coups du destin. Surtout si vous avez la peau à la couleur ébène, tout comme moi. Vous serez donc à la merci de toutes sortes d’appellations railleuses. Mais comme la senteur des belles filles se fait sentir partout alors cela nous fait oublier les soucis quelquefois.

On va donc vous surnommer  Bongua-bongua (imitation à la con de je ne sais quelle langue véhiculaire ou plutôt vernaculaire africaine). D’autre vont vous appeler chocolata ou Shikabala(Mahmoud Abdel Razak Hassan Shikabala) une star du football égyptien. Mais comme il est un homme de couleur alors le pauvre fait parti des nôtres hihihihi ! Ce qui est moins agaçant. Mais le surnom le plus célèbre, le plus outrageux est ce fameux surnom  « Samara », le « nègre ». Et si on t’appelle de la sorte, tu n’as pas intérêt à  te mettre dans tous les états. Et si par hasard tu n’arrives  pas à garder ton sang froid, un « bonhomme  très gentil, mignon comme tout » viendra vers vous pour  vous expliquer «gentiment et amicalement» que ari « el Sam’ra nuso jamal »ce qui veut dire qu’être noir, c’est avoir une moitié de la beauté.

Donc pour résister à tout ça, pour survivre en un mot, j’ai forgé la devise suivante : « A  l’étranger on est toujours en danger. Même si on essaie de changer, mais on restera toujours étranger. ». Et cela a marché et ça m’a beaucoup aidé à m’y adapter petit à petit et à m’en passer de tous sortes de désagréments.

Vue de la façade de la Bibliotheca Alexandrina © A. Naoumane
Vue de la façade de la Bibliotheca Alexandrina © A. Naoumane

Tout au long de la corniche, c’était la besogne de tous les jours. De Bahri à Maamora, en passant par Shatby, là où se trouve la fameuse Bibliotheca  Alexandrina. En faisant une pause à San-Stefano. Puis en continuant  la route jusqu’au rond point Mohammad Najib. Partout grouillent de cafétérias et de restos bourrés de chichas, d’écran géant pour suivre les musalsalat (les séries télévisées) mais aussi suivre les publicités de bouffe, tout comme dans les panneaux publicitaires. Et comme on aime bien manger, les odeurs des mets disent toujours «ahlan wa sahla !». Ensuite en suivant notre parcours jusqu’au portail du célèbre château et jardin de Montazah (ancien palais du Roi Farouk). On atteint enfin le jardin de Maamora, Je guettais en vain cette  mozza (belle fille).

A force de chercher en nœud cette mozza, une collègue m’a fait cette remarque : « t’es amoureux de toutes les filles qui passent au travers … » Je lui ai donc répondue que c’est bien normal. Car je rêve toujours en beauté. Cela m’a permis de garder toujours mon sourire quoique je vive toute sorte  d’imbroglios.

Le cœur

a toujours voulu d’exil

Mais l’âme

demeure sédentaire

Après la fac, une foule d’étudiants s’amasse  autour du Nafa el Shatby (tunnel de Shatby) en attendant le mashruan (microbus) pour rentrer. Parmi ce beau monde, il y a ceux qui viennent juste pour taquiner les filles ou draguer si l’occasion se présente. D’autres pour tenir compagnie à leur dulcinée. Mais les plus créatifs, les plus intelligents viennent pour faire fortune. Voler les téléphones portables des autres ou les sacs à main des filles. Quant à moi, qui suis toujours en quête de cette fugitive beauté, c’est au milieu de cette  grande affluence, comme ailleurs, où je nourrissais l’espoir de revoir cette brillante jeune fille.

Quand le microbus  arrive, on se livre à une bataille décisive pour monter à bord. Et c’est en ce moment propice où certains  gars malintentionnés, sevrés et frustrés,  profitent  pour mettre la main sur quoique ce soit, et c’était leur  quotidien. J’ai toujours voulu prendre des photos de ces scènes ô combien extravagantes, mais comme les Egyptiens prennent tout photographe étranger pour un pervers, prenant leur cas pour une généralité, je n’ai jamais osé franchir le pas.

J’ai vécu avec cette hantise pendant 3 ans de suites  jusqu’au jour où j’ai pris mon courage à deux mains et j’en ai parlé  à un ami. Et ce dernier m’a rappelée ce proverbe comorien : « Toshéha nesha haho matso malé kayana baraka » qui veut dire «  Contente toi du peu que t’as, l’avidité est un vilain défaut ». C’est donc à partir de ce proverbe que je suis redescendu sur terre !

La lune fait nuit. La nuit vient de défaire le jour.  Tout tonne et remémore  la subversive intonation  des discours de Gamal Abdel Nasser.

Le cœur

a toujours voulu d’exil

Mais l’âme

demeure sédentaire

Vue de loin du jardin Montazah © A. Naoumane
Vue de loin du jardin Montazah © A. Naoumane

 


Qu’est-ce qui fait la fierté d’un pays ?

« Qu’est-ce qui fait la fierté d’un pays ? »Ari, «Je suis bon à rien» c’est pourquoi je pose cette question banale. Mais comme dit un proverbe africain : « Quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes  sous la forme de clou. » Néanmoins, je vous signale que je ne suis ni mégalomane, ni mélomane, ni gallomane et loin d’être mythomane. Je suis tout simplement Naoumane le Gentleman. Et peut être «je suis bon en bien» c’est pourquoi j’essaie de comprendre certaines situations qui nous semblent malfamées. Ewa! (ouais!).Numane

Ari, un grand nombre d’entre nous pensent que la fierté d’un pays repose sur la bonne gouvernance. Naturellement, dans le meilleur des mondes possibles, «une bonne gouvernance» pourrait mener un pays dans la voie du développement  et rendre sa fierté. Malheureusement ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays subsahariens, entre-autres notre cher pays.  Nos «Supérieurs», ou nos politicards, je ne sais pas trop comment les nommer, se félicitent d’avoir fait quelque chose d’intéressant et de lucratif. Par exemple : s’enrichir, devenir ventru, avoir une villa, des belles voitures 4×6. Pour le bien être de leurs hawara «de leurs maîtresses», navré de dire cela. Ces dernières qui se prennent pour des « occidentales ». Si jeunes qu’elles soient, elles n’ont qu’un seul but. Sortir avec ces «Grands Monsieur» ou ces DSK. Tout simplement mana wawo wa civilizé (parce qu’elles sont civilisées). Sacrebleu ! Quel avilissement !! . C’est triste à dire ! Mais c’est la réalité. Chez nous, tout comme dans certains pays en voie de développement, ari, certaines filles qui se veulent «civilisées», portent des fringues zashina muna (sexy). Et quand la vieillesse se fait sentir. Elles se jettent sur un bonhomme nouvellement diplômé pour lui mettre le grappin dessus. Alors qu’elles dédaignaient auparavant ce dernier puisque le pauvre n’avait rien de singulier. C’est ce qu’on appelle une perte d’identité et non une fierté.

En revanche, si vous songez suivre des études universitaires. Et que vous êtes issu d’une famille pauvre, un fils de bégua wuropvu comme on le dit au bercail, ton père va devoir gratter la chéchia jusqu’à devenir chauve. Au moins t’as droit à rêver à des études supérieures. C’est le peu que tu puisses t’en réjouir. Ari, si jamais on constate une lueur d’espoir dans votre entreprise, tout le monde se rue vers vous. Certains pour vous encourager et d’autres pour vous décourager. Pour peu que vous réussissiez, il en aura ceux qui vont aller plus loin jusqu’à prononcer diaboliquement votre prénom dans leurs incantations.

Par ailleurs, le ministère de l’éducation préfère accorder des bourses aux nonchalants. Oui parce qu’ils ont pitié des ces pauvres enfants qui ne manquent de rien dans leur vie.  Ari wawo wana wantru (parce qu’ils sont des fils à papa). A l’inverse de ceux qui ménagent leur monture pour atteindre le Mont Everest. Et qui se battent bravement et quotidiennement pour leurs études et l’avenir du pays. Ces indigents sont mis à l’ écart. Ewa, ari ces politiciens véreux «wana hamou nayi komor, wana hamu nawu wana wa komor»  (ils sont soucieux des Comores et de la jeunesse comorienne).

Mais le pis dans tout cela est quand tu termines les études. Hahaha là tu redeviens analphabète. Bien pire encore ; plus analphabète qu’auparavant que t’étais gosse. Puisque tu vas rester auprès de tes parents qui ont tout vendu pour assurer tes études. Tout en espérant venir en aide à la famille. L’espoir fait vivre les imbéciles, hein ? Ewa puisque pour se faire embaucher quelque part, ou tout simplement aller se livrer au servage à domicile, ari «yilazimu wu wudze yi kafani yayi famille» qui signifie que « tu vas falloir vendre le linceul de la famille ». Sinon tu ferais mieux de rester au foyer et aider ta maman à préparer les mataba (les feuilles de manioc). Paradoxalement à ce qu’on s’attendait. Quant aux fils à papa, des qu’ils commencent la fac, leurs places sont déjà réservées dans la fonction publique. Et il parait qu’on leur paie d’avance.

Ewa, ari nos sublimes démagogues «travaillent à la beauté des choses» pour la fierté de nos très chères iles, hihihi, je m’en moque. Ils ont inventé la règle de deux : wuregué tsi rengué (tu prends, je prends). On s’en fout de votre règle de trois. Notre « fierté » est de faire la différence. Les autres avancent et nous, on est fier de refluer. Ben oui ! C’est tout à fait normal, mine de rien. On essaie même de priver le pauvre étudiant, démuni de tout et qui se trouve loin de sa famille, de communiquer avec sa famille tout en limitant l’accès au Skype et toute conversation Visio via internet.

Je me demande si un jour on changera cette dite «fierté à la comorienne» qui ne cesse de prendre une ampleur  vertigineuse. D’autres rumeurs courent, ces derniers temps, disant ari une quantité indénombrable d’or noir serait  découverte dans les eaux comoriennes. J’espère que ce ne soit  pas la magie noire que ces politicards se font qui leur fait tourner la tête !!! En tout cas si les rumeurs de l’or noir se confirment nos chères autorités deviendront obèses et stéatopyges. Surtout ils vont acheter des avions 8×8. Et les filles vont se maquiller au Moyen-Orient, s’épiler l’aine en Occident  et porteront des jalabias (boubou de femme). C’est une bonne nouvelle non !!! Et cela ferait bien la fierté de notre pays. Vive les îles Comores !!!

 

 


Une vie d’ado plein de rebonds et de rêves

Ari* quand on était mômes, on était plus que créatifs. On prenait l’écorce du bananier et les pailles des feuilles de cocotier  pour  fabriquer des voitures. De toutes petites voitures. Ensuite ,on traçait des routes imaginaires sur notre cour. On instaurait l’infrastructure. On les goudronnait. On bâtissait notre petit monde. Et on en devenait les maîtres. On voyait la vie en rose !

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Moi qui étais parmi les plus jeunes, j’étais si naïf. Le monde me paraissait tolérant, paisible, avec plein de prospérité et de mahaba (amour) entre les hommes. Cet univers fictif et harmonieux, ressemblait  à une vraie ville comorienne. Mes amis et moi, nous transformons notre courette en une véritable bourg . Ma mère priait de temps en temps pour nous: « Mungu namudumisheni amu zidishiyeni ma’anrifa ata mufagne n’trongo maori dezizo » qui se traduit littéralement : « Qu’Allah vous garde, vous accorde la sagesse afin que vous parveniez à réaliser vos rêves in sha Allah ! ». Après cette invocation, ma mère m’appellait avec un air aussi injonctif que maternel en disant : « débarrasse-moi tout ce bazar, et va  jeter tous ces matsaha (ordures) dans la vallée !! ». Une vallée qui se trouve à côté de notre habitation en tôle.

Plus tard, quand la puberté nous passa le bonjour, nous construisîmes nos banguas (cases de jeune homme).  Nous les entourions d’une petite clôture pour préserver l’intimité des intrigues avec les wana ma bweni (les jeunes filles en langue locale). C’est pendant cette période que naquît une relation amoureuse louche. Celle-ci va profondément changer ma vie scolaire. Tout a commencé quand nous étions au collège. Dès qu’on a commencé  à pratiquer le handball. On a formé une équipe mixte, composés de jeunes filles d’un village limitrophe appelé Shandra et de gars de mon village natal. Deux localités rivales depuis la nuit des temps à cause d’un bras de terre séparant les deux villages . La Palestine et Israël à la chez nous, quoi !  Malheureusement notre équipe n’a jamais remporté de victoires. Elle collectionnait les défaites comme  les Comores collectionnent les coup d’ État réussis ou avortés .

Alors on a établi certaines règles pour le bien être de l’équipe. Mais à  chaque entrainement, on était les souffre-douleurs  de joueurs de football très conservateurs. On aurait dit des boites de conserves ambulantes. « tsawo makashia », les voilà les pouffes, répétaient-ils . Des propos acerbes sortant des bouches de certains de ces jeunes enragés de voir des jeunes filles(mignonnes comme la lune, aussi charnues comme une mangue )  jouer avec nous. Au bout d’un mois, une vague de jeunes garçons et filles vint nous rejoindre. Une autre équipe se forma. Ainsi les tensions montèrent peu à peu. Il a fallu juste une étincelle et une bataille s’est éclatée opposant les deux bourgs. Cette satanée bataille a mis fin aux entrainements.

Mais bien avant cette bataille, un amour « impossible » avait vu le jour.  J’étais amoureux d’une fille de l’autre côté de « l’atlantique ». J’ai dit atlantique , mais pas Atlantide . A l’époque je ne connaissais pas encore Platon , encore moins son imagination fertile , aussi fertile que la vague sophiste qui a emportée Socrate au-delà de l’au-delà . Excusez du peu , si mes rimes sont hyper-sophistiquées. En fait,  revenons à nos moutons, malgré les menaces, on continuait à se rencontrer, la fille interdite et moi. Malheureusement cela n’a pas duré. Un bon jour, le père de la fille l’avait surprise avec les lettres qu’on s’envoyait. Sans la moindre hésitation, il a fait éruption chez nous et réclama 3 millions de fca. Le voyou ! Se croyait-il à la Banque de France ? Ari me demander de l’argent , juste parce que j’envoyais des lettres d’amour à sa fille. L’affaire a fait grand bruit au village. Partout à Tsembehou on ne parlait que de moi. De mes lettres d’amour (qui valent 3 millions de nos francs) . Pauvre de moi j’étais devenu la risée du village. La honte s’empara de ma famille. Puisque pour débourser l’argent , elle a été obligée de vendre une de nos maigres terrains.  J’étais à trois doigts d’y rester. Vu les tensions, il n’était pas possible de joindre les deux bouts. C’était le grand walou (néant) pour moi. Après un an de négociation, l’affaire est tombé dans l’oubli. Mais les sentiments restaient toujours dans nos cœurs amoureux . Et peu après, nos chemins se sont séparés et chacun a refait sa vie.

De mon balcon, le Caire est en train de s’embraser. Les pro-Morsi d’un côté , les anti de l’autre. Un mur invisible pareil à celui qui me séparait , adolescent , de ma bien-aimée divise ce peuple aveuglé par la rage de la déception. Tout ici me rappelle ma bien-aimée . Si seulement ces Égyptiens savaient que dans le conflit il n’y a jamais de gagnant : il n’y a que des perdants. Les perdants de l’amour.

 Naoumane

* Ari signifie « paraît-il que »