Je suis Comorien, mais je ne suis pas trop fier de l’être

Les Comores, un tout petit Etat insulaire doit faire face à mille problèmes. Un des casse-tête, le marasme économique qui paralyse le pays avec pour conséquence le chômage qui garrote les jeunes diplômés, un problème récurrent, dont on ne parle nullement dans les assises de Hamramba. Un sujet qui reste « tabou » dans les débats médiatiques et qui ne cesse de déchirer et de diviser la société comorienne. Le complexe dialectal et d’insularité dû à la centralisation de presque tous les bureaux administratifs sur une seule île. Un « virus mortel » qui ronge l’unité territoriale depuis l’aube de sa naissance.

Parlement des Comores
Parlement des Comores, Hamramba

Ce n’est ni des idées séparatistes que je cherche à ressusciter, ni un esprit rebelle que je veux répandre. Mais plutôt une remarque, dont je tiens à faire part à nos chers élus et compatriotes. Nous larmoyons régulièrement sur le sort de notre pays. Dans un pays où les mentalités restent médiévales où chaque île privilégie son dialecte et se moque de celui de l’autre, comment faire l’Union.

J’ai comme l’impression que c’est seulement chez nous aux Comores où nichent toutes sortes de complexes gravissimes. Les uns se veulent « Comoriens » et surnomment les autres, « les insulaires ». Une dénomination qui est mal digérée par ces derniers, attendu que nous sommes tous des insulaires. Alors nombre de ces dénommés « insulaires » conçoivent cela comme une sorte de dédain.

Tout se fait dans un esprit de querelle, dû à notre insatiable rivalité, née depuis la naissance de l’Etat comorien. Tout est centralisé sur une seule île. Ce qui suscite une indignation chez certaines personnes. Celles qui n’ont pas les moyens pour se déplacer juste pour un quelconque papier. Et cette situation favorise le complexe de supériorité chez d’autres personnes

Je ne suis pas sociologue, encore moins psychosociologue. Mais mon petit esprit m’a convaincu que tant que les mentalités n’évoluent pas, nos chères îles connaitront un long séjour dans les bas-fonds.

Carte des Comores
Carte des Comores

Si vraiment nous nous soucions du développement socioéconomique de notre archipel, il est de notre intérêt de concéder certaines choses, sacrifier une partie de notre ego pour pouvoir former un tout. Comme dit le dicton : « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. » Faisons alors preuve de civilité et d’unité.

Jadis, la « perte » de l’île comorienne de Mayotte et la crise séparatiste anjouanaise de 1997, pour des causes similaires devraient mettre la puce à l’oreille à nos autorités. Mais malgré cela, mine de rien, nada. Ce qui leur importe, c’est de remplir leurs poches et au diable la « populace ».

Il fut un temps vous vous êtes concertés, après la conférence de Fomboni pour mettre en place la politique de la tournante. Afin que chaque île puisse impétrer le fauteuil présidentiel. Ce qui semblait sage comme décision. Mais enfin de compte, on a compris que ce n’était que de la mascarade, rien de plus. Vous vous passiez le flambeau à tour de rôle pour vous enrichir. Ensuite vous vous accusiez de favoritisme et du népotisme. Et nous le peuple, naïfs que nous sommes, nous suivons ingénument la cadence. Honte à vous politiciens !

Par ailleurs, un autre « fléau » gangrène le peuple comorien et qu’on n’en discute guère dans les débats nationaux. C’est celui des dialectes inter île. Très récemment, je fus victime de mon propre dialecte. L’histoire s’est passée à la station de métro d’El Marg, ici au Caire. Pour une affaire pressante, je hâtais les pas pour acheter le ticket du métro, quand un compatriote qui me semblait égaré m’appela. J’ai mis une pause à ma précipitation pour lui venir en aide. Il me tend son cellulaire et dit : « Je dois rencontrer un frère ici, mais j’ignore de quel côté devrais-je descendre. Peux-tu l’indiquer où je me trouve pour qu’il vienne me prendre. » Je lui ai répondu, ce n’est pas un souci.

Par courtoisie, je dis « salut », en dialecte anjouanais, au monsieur avec qui je parle au  téléphone. Et là, Lui le « continental » a pris mon dialecte insulaire pour un patois. Il m’a demandé  avec un ton bizarre : « Qui es-tu ? » Je lui répondis gentiment : « Je suis Comorien comme vous. Je voulais juste vous expliquer où se trouve votre frère. » J’ai entendu un hurlement : « Hey passe-lui le téléphone, je ne comprends rien de ce que tu dis ! »

C’est surtout ce genre comportement provocant et hautain qui fait naître des inimitiés. Il n’est pas facile d’éradiquer ce maudit fléau de complexe, d’infériorité et de supériorité. Mais pour l’unité territoriale, pour le développement de notre archipel, pour un avenir meilleur et solide, faisons un grand-effort. Et que les autorités comoriennes, au lieu d’en profiter, se penchent davantage à la question de décentralisation et d’urbanisation.

Ne nous laissons pas charrier par l’aigreur de ceux qui nous gouvernent. Certes, on vit des temps de veulerie, mais l’amour finit toujours par triompher.

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